Excursion à Rosala et Bengtskär

Cette histoire commença au mois de juin, pendant mon séjour à Reading en Angleterre, le jour où je rencontrai Maarit pour la première fois. Ma co-encadrante de thèse était venue en Albion pour y conduire quelque expérience en partenariat avec le laboratoire de chimie de l’université de Reading. Je découvrais alors une jeune femme énergique, débordante de gentillesse. Au cours d’une de nos conversations elle fit mention -au milieu d’une centaine d’autres sujets- d’une excursion organisée par le club de chimie de l’université de Turku dans le courant du mois d’août. Elle me vanta les mérites de cette virée touristique à grand renfort d’arguments chocs et finit par me demander si j’étais intéressé. La question était posée d’une telle manière qu’il était difficile de dire « non » sans passer pour un odieux personnage. Tant et si bien que je finis par dire « oui » sans avoir la moindre idée de ce dans quoi je m’embarquais. J’ai rapidement oublié cette histoire car j’avais bien d’autres choses à penser à ce moment là. Lorsqu’un beau matin, environ un mois plus tard, je reçus un e-mail de Maarit qui disait en somme : « je vous ai inscrit tous les trois pour la journée à Bengtskär, nous partirons samedi 18 août au matin et rentrerons le soir ». Ah… me dis-je, nous allons donc voir du pays.

Et c’est ainsi que nous nous retrouvâmes ce samedi à 10h30 du matin sur le parking de l’université équipés comme de vrais aventuriers, parents inconscients s’apprêtant à emmener leur fille de même pas 4 mois sur un rocher d’à peine 2 hectares situé à 10 mille de la côte la plus proche… Petite anecdote au passage : j’ai subi mon premier contrôle d’alcoolémie sur la route entre chez nous et l’université. Le policeman m’a arrêté au milieu de la route, m’a salué d’un « good morning », m’a fait souffler dans son bidule et m’a laissé repartir. Nous arrivâmes à la française, c’est-à-dire les derniers, et montâmes dans le car déjà bien rempli. Nous partîmes 50; mais par un prompt renfort nous nous vîmes 52 en arrivant au port de Kasnäs. Ce premier trajet d’environ 1h30 constituait déjà un émerveillement en lui-même. Des paysages splendides composés d’immenses champs d’avoine, si jaunes qu’on croirait contempler la chevelure d’une déesse nordique, de sombres forêts de conifères ponctuées par la blancheur de quelques bouleaux, de superbes fermes aux murs peints de ce rouge brique si caractéristique du pays. Après cette route riche en couleurs locales nous posâmes le pieds à Kasnäs, un petit port situé sur une île (voir la carte ci-dessous). Nous étions désormais dans la partie suédophone de la Finlande et ce fut assez facile à deviner car le double affichage des panneaux s’était inversé : le finlandais avait laissé sa place de première ligne au suédois. Nous fîmes une courte pause avant de prendre la bateau qui allait nous emmener vers notre première destination : Rosala (prononcez Roussala) et son viking center.
Quelques images de Kasnäs avant de continuer.

Après un trajet d’environ 20 minutes à bord de notre petit bateau à moteur (d’une capacité d’environ 25 personnes) nous arrivâmes à Rosala où nous fumes accueillis par une charmante demoiselle vêtue à la mode viking (n’imaginez pas un casque à corne et une cuirasse en peau de dragon… une simple robe en lin agrémentée d’un tablier et d’une pelisse rouge). Notre groupe fut rapidement guidé vers le viikinkikeskus, site archéologique sur lequel ont été retrouvés de nombreux vestiges de l’époque viking (800-1500 AD), vestiges qui ont ensuite été ramenés à la vie afin de reconstituer un village viking entier. Cécile, Eléonore et moi étant les seuls non-finnophones nous suivîmes un guide particulier qui nous donna quelques explications sur le site en lui-même et sur le déroulement des prochaines heures. Au programme un déjeuner à base de soupe de poisson et pain puis visite du site à notre guise avant de prendre le bateau à 15h direction Bengtskär (qui se prononce Beng-shèr). Nous vous livrons donc quelques images de ce village hors du temps. Vous en profiterez pour noter la météo extrêmement clémente.

Nous aurions bien voulu déambuler une heure de plus autour des pierres runiques et des maisons en bois mais l’heure du départ ayant sonné, il était temps de prendre le large pour une traversée d’environ 45 minutes à bord du même bateau que précédemment. Cap au sud, à la limite des eaux territoriales finlandaises. La traversée fut relativement calme en raison des vents très cléments. On pouvait toutefois sentir la fraîcheur de la Baltique s’engouffrer dans la cabine lorsqu’on ouvrait la porte. Je dis « relativement calme » car s’il n’y eut aucun incident à déplorer du côté de la navigation on ne peut pas en dire autant du côté de notre fille. Remarquablement calme jusqu’à présent elle commença à manifester des signes d’énervement à bord. Un signal olfactif nous informa qu’il s’était passé quelque chose du côté de la couche… un signal visuel inhabituellement situé nous indiqua l’ampleur du sinistre. Parfait exemple de la loi de Murphy, ce genre d’incident (rare) de débordement de couche jusqu’aux omoplates n’arrive pas quand tu es à la maison mais au milieu de la Baltique, sur un bateau passablement sujet au roulis muni d’une petite banquette de 30 cm de large et avec pour seul matériel une trousse de toilette minimaliste, entouré par une quinzaine d’étrangers qui te regardent l’air mi-désemparés, mi-compatissants. Pour compléter le tableau il faut ajouter une Eléonore furieuse, se débattant de toutes ses forces pour se soustraire à la toilette… on la comprendra aisément.

L’incident passé nous arrivâmes en vue de l’imposant phare de Bengtskär. L’île en elle-même est un rocher stricto sensu. Rien que de la pierre sur une surface d’environ 200 X 100 m, autant dire que Houat pourrait passer pour l’Australie en comparaison. Au milieu du rocher trône un phare de 52m de haut, fierté de la nation. Nous avons malheureusement raté le récit de l’histoire de ce monument mais avons pu combler quelques lacunes en lisant un petit descriptif de la célèbre bataille de Bengtskär qui opposa l’armée finlandaise à l’armée russe le 26 juillet 1941. Ce matin-là les russes avaient décidé de détruire le phare qui, grâce à sa position stratégique, avait tout le loisir d’observer leurs mouvements navals depuis Hanko (un port finlandais proche que les russes avaient annexés l’année précédente). Comme le russe est fourbe et matinal il décide d’attaquer à 1:00 am sous le couvert du brouillard. Une escouade d’environ 100 hommes débarque donc sur la face sud du rocher, éveillant ainsi l’inquiétude des 41 occupants des lieux. Pris par surprise et surpassés en nombre les finlandais se replient dans les étages supérieurs du phare où ils peuvent appeler du renfort. Quelques heures plus tard et après une défense désespérée les renforts constitués d’avions de chasse, d’infanterie et d’artillerie arrivent sur zone et rossent la vermine soviétique. Les russes ripostent en pilonnant l’île avec leurs canonniers postés à quelques encablures de là… en vain. A 18h45 ce même jour les combats ont cessés et les russes présents sur l’île sont soit morts, soit prisonniers. Finlande 1 – Russie 0. Mais le russe étant mauvais perdant il décide de se venger dès le lendemain en envoyant un avion bombarder le phare. La mission est un échec partiel car le bombardier rate sa cible et ne détruit que la partie habitée du phare, la tour reste intact et le phare peut continuer de fonctionner.

Il nous restait environ deux heures pour profiter du beau temps et se balader sur l’île. On pouvait donc en faire dix fois le tour si l’envie nous en prenait. A 18h30 le bateau revint nous chercher et nous ramena directement à Kasnäs où le bus nous avait laissé. Le retour en bus fut extrêmement plaisant car j’ai eu la chance d’avoir pour voisin de siège un septuagénaire francophile (mais non francophone). Je tiens donc à mentionner le nom de Kaj Jansson pour me souvenir de cet homme (que je ne reverrai sans doute jamais) avec qui j’ai partagé un moment des plus agréables à discuter de tout et surtout de rien et dont je me plus à imaginer, l’espace d’un instant, qu’il fût mon grand-père.

Arrivés sur le parking de l’université à 21h30 nous rentrâmes à la maison sans demander notre reste, éreintés par cette journée qui restera longtemps dans nos mémoires comme notre première sortie finlandaise.

Moi moi!

4 Commentaires

Classé dans Voyage

4 réponses à “Excursion à Rosala et Bengtskär

  1. Ninie

    Quels beaux paysages!!!
    Mention spéciale à Eléonore, qui a pimenté un peu la journée!^^ Mouahahahah!
    Hâte d’en lire encore plus!
    Bonne journée les copains

  2. Nimou

    Et ben dis donc, ça c’est une belle première expédition ! les photos sont superbes ! ça donne toujours autant de venir !! Comme Ninie, grosse mention spéciale au coup de filou d’Eléonore 😀 !!!!
    Bibi les choubidoux
    PS : il a l’air de faire bon chez vous car 35°C à l’ombre minimum ça pique !!!!

  3. Blabla&Toutoune

    Et ben quelle journée!! Merci pour les belles photos, on a l’impression de voyager avec vous (les odeurs de couches en moins) au pays des Vikings (faudrait que je me fasse un point historique à ce sujet d’ailleurs). Vivement la suite des aventures!!

  4. Pingback: Archipel de Turku | Les Baert en Finlande

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