Un peu d’histoire…

Comme on pouvait s’y attendre, aujourd’hui le drapeau national est hissé pour célébrer la journée du patrimoine finno-suédois encore appelée journée de Gustave Adolphe, du nom de Gustave II Adolphe souverain suédois mort au combat le 6 novembre 1632 pendant la guerre de Trente Ans. A cette occasion, un petit billet historique…

A partir du XIIIème siècle, la Suède colonise et évangélise la Finlande jusqu’alors peuplée des Saamis dans le nord du pays et de tribus germaniques et scandinaves sur la côte sud. L’archevêché d’Abo (le nom de Turku en suédois) est fondé en 1229, faisant de la ville la plus ancienne du pays. Il n’existe pas d’équivalent finnois de royauté ou de féodalité tels qu’ils existent à l’époque en Europe occidentale. Bien que l’influence suédoise s’imprègne à partir de cette époque il ne s’agit pas réellement d’une occupation ou d’une colonisation mais plutôt de la fusion de deux entités, Suède et Finlande, dans le même royaume. Les Suédois se montrèrent en général respectueux de l’identité finlandaise et l’essor économique du pays continua notamment grâce à la Hanse,une association de villes marchandes autour de la mer du Nord et de la mer Baltique qui possédait un comptoir à Turku. Mais si la cohabitation avec les Suédois est plutôt pacifique, le voisin Russe veille au grain et passe à l’attaque lors de la guerre russo-suédoise de 1495-1497 envahissant la Finlande jusqu’à Hämeenlinna à quelques 150 kilomètres de Turku, laissant les régions traversées dévastées. En 1497, une trêve est conclue entre les deux camps. En 1550, le souverain suédois Gustave Ier Vasa fonde la ville d’Helsinki pour tenter de contrecarrer l’influence de Tallin, ou Reval comme elle s’appelait à l’époque. Cependant, la taille et l’influence d’Helsinki resteront modestes pendant plus de deux siècles jusqu’à devenir en 1812 la capitale du Grand-Duché de Finlande rattaché à l’empire Russe. Mais n’allons pas trop vite en besogne et finissons d’abord la partie concernant l’héritage suédois!

En 1554, l’hostilité séculaire entre Suédois et Russes mène à nouveau à l’éclatement d’un conflit entre les deux empires. En 1555 l’armée suédo-finlandaise échoue à prendre Chlisselbourg, ville russe à 35 kilomètres à l’est de Saint-Pétersbourg. L’année suivante c’est l’armée russe qui échoue à 130 kilomètres au nord-ouest de Saint-Pétersbourg devant la forteresse de Vyborg, sur l’isthme de Carélie reliant (ou séparant cela dépend de la façon dont on voit les choses) les territoires finlandais et russe et aujourd’hui située en Russie. Le 2 avril 1557, Ivan IV de Russie, dit le Terrible, et Gustave Ier de Suède signent le traité de Novgorod mettant un terme à ce conflit et officialisant une trêve d’une échéance de quarante ans.

Mais la Finlande continue de servir de champ de bataille et d’enjeu entre les empires suédois et russes… Le 17 septembre 1809, la Suède doit céder la Finlande à l’empereur Alexandre Ier qui en fait un Grand-Duché autonome de l’empire russe. C’est donc en 1812 qu’Helsinki devient la capitale de la Finlande au détriment de Turku, jugée trop proche géographiquement et idéologiquement de la Suède. Héritage de la période suédoise, le Grand Duché de Finlande disposait d’une constitution et d’une diète (assemblée officielle) à quatre états à l’époque où l’empereur était en Russie un monarque absolu… Les empereurs russes se montrèrent plus ou moins respectueux de l’autonomie du Grand Duché de Finlande et tentèrent tous, à l’exception d’Alexandre II, de russifier la région. Si l’intégration au royaume de Suède semble laisser de bons souvenirs au peuple finlandais, comme en témoigne notamment le bilinguisme officiel finnois-suédois, les « années russes » apparaissent être une période plus difficile de l’histoire finlandaise.

Le 6 décembre 1917, profitant du désordre causé par la révolution bolchévique et poussé par l’empire allemand, la Finlande proclame son indépendance qui est reconnue par le pouvoir soviétique le 4 janvier 1918. Mais ce n’est pas pour autant la fin des conflits… De janvier à avril 1918 éclate la guerre civile finlandaise opposant les « Punaiset » (Rouges) sociaux-démocrates et soutenus par les Russes aux « Valkoiset » (Blancs) forces de sécurité du sénat conservateur et soutenus par l’empire allemand. Cette guerre civile apparaît être l’évènement le plus controversé et chargé en émotion de l’histoire moderne de la Finlande. De nombreux noms sont donnés par les Finlandais à ce conflit (guerre de la liberté, guerre des classes, rébellion rouge, guerre entre les frères…) qui laisse le pays exsangue économiquement et durablement divisé. Les Blancs gagnèrent cette guerre civile, faisant ainsi passer le pays de la domination russe à l’influence allemande. Après l’existence précaire d’un « royaume de Finlande », dirigé par le prince allemand Frédéric-Charles de Hesse-Cassel, la Finlande devient finalement une république indépendante et démocratique le 17 juillet 1919.

S’en suit le deuxième conflit mondial au début duquel l’Union Soviétique lance en novembre 1939 la Guerre d’Hiver contre la Finlande afin de protéger Léningrad, située à une trentaine de kilomètres de la frontière, d’une éventuelle attaque des allemands, les finlandais ayant passé un accord de coopération économique et militaire permettant aux troupes du Reich de stationner en Finlande . L’armée finlandaise, bien inférieure en nombre aux soviétiques, cède 10% de son territoire aux russes (dont la Carélie, province orientale du pays qui appartient encore aujourd’hui à la Russie) mais reste indépendante contrairement aux pays Baltes. En 1941, la Finlande joint ses forces à l’Allemagne qui attaque l’Union Soviétique afin de prendre sa revanche et récupérer ses territoires perdus. Victorieuse, elle arrête temporairement l’offensive au lac Onega en Carélie et n’attaquera jamais Léningrad malgré les demandes pressantes d’Hitler. En 1944, l’Armée Rouge perce le front et l’armée finlandaise se replie à nouveau vers l’ancienne frontière avant de signer un armistice avec Moscou. Cet armistice stipule notamment le départ des troupes allemandes stationnées dans le nord de la Finlande. Cependant, l’évacuation ratée des troupes allemandes déclenche un nouveau conflit : la guerre de Laponie, contre les allemands cette fois-ci… Rovaniemi, la capitale de la Laponie, est complètement détruite, 100.000 personnes deviennent réfugiées et un millier de soldats finlandais et autant d’allemands périssent pendant cette guerre qui s’achève en avril 1945.

La Finlande échappe ensuite de peu à une annexion pure et simple par l’URSS. Le traité de Paris, signé en 1947 entre Alliés vainqueurs du conflit et anciens alliés vaincus de l’Allemagne (mais pas l’Allemagne), lui permet de recouvrer son indépendance. Le territoire finlandais reste par contre amputé non seulement de la Carélie mais aussi de territoires supplémentaires au nord. La Finlande doit également verser un lourd tribut aux Soviétiques et subordonner sa politique étrangère à celle de l’URSS (période que l’on appellera la finlandisation) en échange de la préservation de ses institutions démocratiques. Le paradoxe de cette « dette de guerre » envers l’URSS est qu’elle devint une source de prospérité pour le pays qui s’industrialisa à grande échelle pour payer ces réparations à l’Union Soviétique. Ainsi dans l’agglomération de Turku, notamment à Raisio, s’est implanté le plus grand port de construction navale finlandais, chantier naval dont sortent encore chaque année d’immenses navires de croisière pouvant embarquer près de 3.000 passagers.

Après la guerre, la ligne de neutralité entre Russie et Finlande fait de cette dernière une plaque tournante des relations entre les bloc de l’Est et de l’Ouest. Sous peine de mécontenter son puissant voisin russe, la politique finlandaise s’oriente résolument vers la neutralité permettant au pays de traverser sans encombres cette période délicate. Encore aujourd’hui la Finlande refuse d’adhérer à l’OTAN afin de respecter cette neutralité. La Finlande devient rapidement un pays prospère dont la plus belle réussite dans le secteur des nouvelles technologies est sans doute l’entreprise Nokia. En 1995 la Finlande adhère à l’Union Européenne. La Finlande fait également partie de la zone euro dans laquelle ses billets et ses pièces ne représentent que 2% environ du total mis en circulation!

Mais pour en revenir à ce liputuspäivä du 6 novembre durant lequel on célèbre l’héritage suédois, quelques mots sur Gustave II Adolphe. Ce souverain du royaume de Suède de 1611 à 1632 et surnommé « le Grand » ou « le lion du Nord » fit de ce royaume l’une des grandes puissances européennes grâce à son génie militaire et aux réformes qu’il mit en oeuvre. Ses innovations tactiques lui valurent même le surnom de « père de la guerre moderne » et l’admiration d’illustres généraux tels que Napoléon Ier ou Patton. Il perdit la vie au cours d’un des nombreux combats qu’il mena, lors de la bataille de Lützen en Allemagne, une des batailles les plus marquantes de la guerre de Trente Ans. Le jour de Gustave Adolphe, ou Gustav Adolfsdagen en suédois, est également célébré en Suède où c’est l’occasion de déguster un « Gustav Adolfsbakelse », gâteau à l’effigie du souverain.

Vous voilà maintenant incollables sur l’histoire de la Finlande du Moyen-Age à nos jours!

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