Archives mensuelles : octobre 2013

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Ou encore 18 mois depuis que notre gribouillette, choupi-chouette, grenouillette, adorablette Eléonore a ouvert les yeux sur le monde (et sur ses parents chéris en premier lieu!). Depuis, le nourrisson sans défense a définitivement cédé la place à la petite fille en plein apprentissage, à la future pré-ado qui nous rebattra les oreilles de Hello Kitty si elle existe encore, à l’ado rebelle qui trouvera que ses parents ne sont rien que des vieux ringards qui lisent des livres en papier, bref à la personne en devenir qu’est notre fille première née. Mais n’allons pas trop vite en besogne, il nous reste quand même encore de belles années devant nous, ouf!

Ce dernier mois Éléonore aura encore peaufiné la prononciation de ses mots favoris (panda, poupée), ajouté de nouveaux mots à l’éventail de son vocabulaire (body, petit, caddie. Oui la thématique du mois pourrait être l’acquisition de la voyelle « i ») et travaillé un peu plus les signes liés au domaine de prédilection des enfants j’ai nommé les animaux (crocodile, rhinocéros, ours…). Dans la droite ligne de ses parents, qui en ressentent une pointe de fierté il faut le dire, Éléonore s’avère être une lectrice acharnée. De nombreux temps de lecture émaillent la journée et surtout le rituel du soir ne pourrait maintenant s’achever sans une voire deux (voire plus si on l’écoutait) traditionnelles « histoires du soir ».

A côté de ces moments calmes en intérieur nous avons repris nos activités extérieures après une semaine de break automnal. Éléonore est très assidue et apprécie beaucoup l’atelier musical, l’atelier cirque et les cours de bébés-nageurs. Ces derniers sont d’ailleurs le lieu de progrès récents, depuis environ deux semaines Éléonore est capable de flotter avec ses brassards sans qu’on la maintienne et commence même à battre un peu des pieds sous nos injonctions. Elle appréhende aussi de mieux en mieux l’apnée et joue maintenant dans la pataugeoire où elle a pied à récupérer des petits jouets lestés tombés au fond de la piscine. Nous sommes vraiment plus que ravis de ces cours qui lui permettent de dompter l’eau tout en s’y amusant.

La balançoire des jeux d’enfants à côté de la maison est également rapidement devenue notre meilleure amie et nous ne manquons pas d’y aller jouer au moins une demi-heure tous les jours après le goûter. Le quotidien est donc bien réglé et rythmé par nos diverses activités. Nous attendons avec impatience l’arrivée de la neige pour rajouter cet élément au terrain de découverte d’Eléonore!

Niveau alimentation on continue de profiter des légumes au gré des saisons et le potiron tient en ce moment une part importante dans les menus. Éléonore peut s’enorgueillir de mâcher de mieux en mieux les morceaux de légumes, viandes et autres fromages. La percée d’une canine inférieure ce we est venue porter à 12 le nombre actuel de dents dans la bouche de la demoiselle!

Pour finir, l’éphéméride du jour après le passage à l’heure d’hiver ce dimanche : lever du soleil 07h44 – coucher du soleil 16h43… (gloups heureusement la balançoire est éclairée…)

 

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Mythologie Nordique – Chapitre 2 : Les neuf mondes

Deuxième chapitre consacré à la mythologie scandinave et germanique. Avec un peu de retard, je vous le concède. Dans le chapitre précédent nous avons  vu comment les premiers Dieux sont nés et comment ils ont façonné le monde. Maintenant nous allons voir de quoi ce monde est fait et comment il s’organise, et croyez-moi, ça vaut bien un article.

Il existe deux notions fondamentales qui régissent la représentation de l’univers selon les croyances germanico-nordiques. La première, assez facile à appréhender, est que l’univers est divisé en neuf mondes, neuf royaumes que je vais vous décrire dans la suite de cet article. L’autre concept majeur est l’existence d’Yggdrasil, l’arbre-monde. Il aurait sans doute été plus logique de commencer par vous décrire Yggdrasil avant les neufs royaumes mais pour des raisons de commodité narrative je préfère faire le contraire.

Yggrdasil

Une représentation moderne d’Yggdrasil et des neuf mondes

Les neuf mondes de la mythologie nordique sont organisés en trois plans : le plan supérieur, le plan central et le plan inférieur. Il existe quelques divergences d’opinions quant à la question de quel monde appartient à quel plan. Je ne sais pas trop dans quelle mesure cette notion de plan est une pure création des historiens pour faciliter la représentation graphique de l’univers ou bien s’il agit d’un concept philosophique (comme vous le verrez les Dieux se situent quand même vachement au sommet et les morts vachement au sous-sol) qui finalement, comme tous les concepts philosophique, est assez sujet à l’interprétation. Une des représentations qui me plaît bien (par son aspect philosophique et mathématique) est celle dite de la triple trinité : trois plans constitués de trois mondes chacun.

Plan supérieur :

  • Asgard : le royaume des Æsir, les Dieux

Asgard est l’équivalent nordique de l’Olympe grecque. C’est le royaume des Æsir, les Dieux suprêmes, dirigé par Odin. Ce monde est souvent présenté comme une forteresse. En effet les Æsir firent appel à un géant pour ceindre Asgard d’une haute muraille. La légende du géant et de la muraille est fort intéressante mais malheureusement un peu longue pour être narrée ici, aussi vous la réserve-je bien au chaud pour un autre article.

Asgard

Asgard et Bifrost

Un des éléments les plus important d’Asgard est sans conteste le Valhalla. Le Valhalla est une sorte de havre, de paradis (souvent représenté comme un palais), dans lequel sont accueillis ceux qui sont morts avec bravoure. Ce sont les Valkyries (divinités mineures au service d’Odin) qui sont chargées de guider les âmes de braves vers le Valhalla après leur mort. Lorsque sonnera l’heure de Ragnarök (l’Apocalypse nordique) tous les guerriers du Valhalla viendront combattre au côté d’Odin contre Loki et son engeance.

  • Vanaheim : le royaume des Vanir, des Dieux aussi

Les Vanir (on peut aussi dire Vanes en français) sont des Dieux au même titre que les Æsir. Contrairement à ces derniers qui sont parfois  surnommés les Dieux guerriers, les Vanir sont plutôt associés à la fertilité, la sagesse et la magie. Le récit de la genèse n’explique pas comment les Vanir sont apparus. On sait juste qu’ils existent et qu’ils résident à Vanaheim. Les historiens suggèrent que les Vanir pourraient être des divinités qui furent vénérées en Scandinavie bien avant les Æsir. Quoiqu’il en fut, Snorri Sturluson nous raconte que les Æsir et les Vanir se livrèrent un jour à une guerre. Cet épisode riche de la mythologie nordique vous sera narré dans un prochain chapitre. Quelques Vanir célèbres sont les Dieux : Njörd, Freyr (fils de Njörd) et Freya (fille de Njörd).

  • Alfheim : le royaume des Alfes (Elfes)

On sait bien peu de choses sur ces êtres. Ils ne sont pas considérés comme des Dieux mais semblent supérieurs aux hommes. On les dit dotés de pouvoir magiques. Les Alfes de Alfheim sont appelés Elfes de lumière par opposition à leurs cousins, les Elfes sombres, qui peuplent Svartalfheim. Il est intéressant de noter qu’aucun nom d’Elfe ne figure dans les textes mythologiques. Nous nous contenterons de dire qu’ils sont là… pour le décorum. On pourrait simplement ajouter, conclure sur leur sujet, qu’à l’arrivée du christianisme en Scandinavie la notion d’Elfe s’est probablement fondue à celle des Anges.

Plan central :

  • Midgard : la terre des hommes

Le récit de la genèse nous raconte qu’Odin Vili et Vé créèrent Midgard à partir d’un sourcil du géant primordial Ymir. Se faisant ils offrirent aux hommes un royaume à l’abri de la menace des jötnar. Par analogie Midgard désigne parfois un gigantesque mur encerclant la terre des hommes, les protégeant des géants. Midgard est également entouré d’un immense océan dans lequel Odin jeta le serpent Jörmungandr, un des enfants de Loki. Le monstre crût tant et tant que son corps finit par encercler Midgard et il se mordit la queue (pour ceux qui s’intéressent aux analogies entre les différentes mythologies, sachez qu’il s’agit ici d’un exemple d’Ouroboros). Thor est l’ennemi juré de Jörmungandr et il existe plusieurs légendes passionnantes mettant en scènes ces deux protagonistes (légendes qui seront bien sûr narrées ultérieurement). Lors de Ragnarök, Jörmungandr cessera de se mordre la queue et sortira des eaux pour semer la destruction. Pour terminer sur cette description de Midgard j’ajouterai qu’il existe un pont qui relie Midgard à Asgard. Ce pont, représenté par un arc-en-ciel, est appelé Bifrost et est gardé par le Dieu Heimdalr.

  • Jötunheim : la terre des Jötnar

C’est dans cette contrée que la race des géants fut exilée par Odin après la création du monde (sans être un expert je dirais qu’il y a comme une certaine analogie avec les Dieux de l’Olympe bannissant les Titans dans le Tartare…). Ce royaume est séparé d’Asgard par la rivière Ifingr, ce qui n’empêche pas les géants de menacer en permanence les Dieux et les hommes. Les jötnar sont décrits comme des être vils, le plus souvent à l’apparence hideuse. Ils entretiennent cependant une relation ambiguë avec les Æsir et les Vanir, cherchant le plus souvent à leur nuire, mais nouant parfois des alliances complexes avec eux. Lors de Ragnarök les jötnar combattront contre les Dieux dans le but d’annihiler toute vie.

  • Svartalfheim : la terre des Alfes sombres et des Nains.

Il existe bon nombre d’incertitudes concernant ce monde. La première, et pas des moindres, porte sur l’appellation de ses habitants. Selon certains historiens il est tout à fait possible que les nains et les Alfes sombre soient un seul et même peuple. La confusion provient de l’Edda en prose dans laquelle l’auteur fait référence aux svartálfar (swart elves, elfes sombres). Ce nom pourrait en effet correspondre à un peuple à part entière, mais il est plus que probable qu’il ne s’agisse en réalité que d’un synonyme pour décrire les nains. Une autre ambiguïté concerne le nom du royaume lui-même, ou plutôt son appartenance ou non aux neuf royaumes. On retrouve en effet à plusieurs reprises dans l’Edda le nom de Nidavellir comme étant la terre des nains. Nidavellir et Svartalfheim seraient-ils un seul et même lieu ? L’un contiendrait-il l’autre ? Est-ce vraiment important ?

Plan inférieur :

  • Niflheim : monde de glace et d’ombre

Le monde élémentaire du froid et de la brume. Pas grand-chose à en dire puisque rien de très intéressant ne s’y passe. On pourrait noter cependant que certains auteurs considèrent que l’outre-monde – Helheim – se trouve au fin fond de Niflheim. Il existe en effet une grande ambiguïté dans les termes Hel, Niflheim et Niflhel qui englobent des zones plus ou moins entremêlées et pour lesquelles il est impossible de tracer de réelles frontières. Pour finir, sachez que Hvergelmir, la source des douze rivières mythiques, se trouve dans Niflheim (ça servira plus tard).

  • Muspelheim : monde de feu et de lumière

Comme décrit dans le chapitre sur la genèse du monde, Muspelheim est l’opposé de Niflheim. Dans cette contrée de lave et de feu vivent certains jötnar que l’on appelle les enfants de Muspell, des géants de feu.

Sutr et les enfants de Muspell

Sutr et les enfants de Muspell

Ce royaume est dirigé par le terrible Sutr, un géant brandissant une épée flamboyante. Il est dit que ces jötnar de feu sèmeront le chaos et la destruction lorsque sonnera Ragnarök. Enfin, on pourra ajouter que le soleil et les étoiles furent façonnés à partir des braises de Muspelheim.

  • Helheim : l’outre-monde, royaume des morts.

Parfois appelé Hel tout court ce royaume est la dernière demeure des assassins, des voleurs et de tous ceux qui n’ont pas étés bons dans leur vie. Il serait difficile de ne pas y voir une forte ressemblance avec l’enfer chrétien, à tel point que les historiens s’accordent à penser que Snorri se serait fortement inspiré des croyances chrétiennes pour décrire « le neuvième monde ». Hel est cerné par Gjöll, une des douze rivières qui s’écoulent de Hvergelmir.

Les trois enfants de Loki et Angrboda : Fenrir, Jörmungandr et Hel.

Les trois enfants de Loki et Angrboda : Fenrir, Jörmungandr et Hel.

Un unique pont enjambe cette rivière et constitue ainsi le chemin des morts. Au Ragnarök il est dit que les morts franchiront le pont dans l’autre sens et participeront à l’ultime bataille contre les Dieux. De façon très originale le royaume de Hel est gardé par Hel (c’est d’ailleurs pour éviter la confusion que l’on utilise le mot Helheim pour désigner le lieu, qui d’ailleurs signifie « demeure de Hel »). Pour la petite histoire, Hel (personnage féminin) est un des enfants de Loki.

 

Le prochain chapitre sera logiquement consacré au mythe d’Yggdrasil, l’arbre-monde qui relie les neuf mondes entre eux.

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Avant l’hiver

6:30 pm. Le soleil est descendu sous l’horizon, il fait pour ainsi dire quasiment nuit. Ce matin le sol était recouvert de glace suite aux averses de grêles nocturnes et aux températures qui  commencent à descendre impunément sous le zéro, surtout le matin.

Pas besoin de jouer les haruspices pour deviner ce qui se trame. Les signes sont limpides. L’Hiver arrive et ses deux lieutenants le précèdent : Froid et Ombre.

Si on veut survivre il ne faut pas se rater. Quelques préparatifs s’imposent. D’abord le plus important : les pneus. Hop, quelques coups de cric et nous voilà équipés pour rouler dans la poudreuse. Ensuite les vêtements. On ressort les bottes fourrées, les chapeaux en peaux de phoque, les blousons matelassés et tutti quanti (c’est-à-dire les gants, en fait). Bien. A présent on peut sortir à pied, en voiture, en poussette. Plus rien n’entravera les ravitaillements. Ce n’est donc pas cet hiver qu’on mourra de faim.

« Ah, me dis-je avec le sentiment du devoir accompli, il ne reste plus qu’à apprêter le jardin. »

Tonte de pelouse, taille de l’arbuste moche, emballage du salon de jardin. Et voilà, finis les mojitos en terrasse.

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On aborde l’hiver sereinement… deux mois à l’avance. Il n’y a pas encore eu de neige mais on l’attend avec impatience. Pendant ce temps Eléonore continue de grandir à toute allure. 10 kg et 80 cm à la dernière mesure. Elle parle de plus en plus. On décode de mieux en mieux. Un peu grâce aux signes il faut dire. Par exemple, le mot « yaaaaaa » désigne à la fois son doudou, du fromage, des chaussettes, une écharpe ou un chat. Comme elle signe chat et fromage on peut discriminer ces deux-là facilement… pour le reste c’est une question de contexte.

Je vous laisse avec quelques photos d’extérieur où Eléonore étrenne son nouveau winter outfit. Visiblement elle kiffe.

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Leçon de finnois #4 : Le finnois pourquoi c’est dur ?

On vous le dit et on vous le répète souvent : le finnois est une langue difficile. C’est un fait bien connu, à tel point que c’en est devenu une métaphore pour parler de choses incompréhensibles. Par exemple lorsque votre boucher- charcutier vous déclare entre le boudin et le jambon : « Oh vous savez ma bonne dame, la physique quantique pour moi c’est du finnois ».

Mais qu’est ce qui fait que cette langue nous semble totalement absconse ? Et bien mes chers lecteurs je vous propose de le découvrir dans cette leçon #4 du finnois pour les noobs.

  • Raison #1 : ça ne ressemble à rien.

Notez que c’est une affirmation très subjective qui dépend entièrement de la nationalité du lecteur (un hongrois ou un estonien serait en droit de contester). Il suffit d’ouvrir un journal ou de surfer sur un site finlandais pour s’en rendre compte. On reconnait les lettres mais pas les mots. C’est encore plus frustrant que de lire du russe parce qu’au moins avec le russe on sait pourquoi on ne comprend pas. La raison à cela vient bien évidemment de l’absence de racine commune avec les langues latines ou saxonnes. Pour améliorer votre culture générale sachez que le finnois appartient à la branche fennique des langues ouraliennes (source : wikipédia). Là où cette information devient intéressante dans mon argumentation c’est que les linguistes ne savent pas encore comment cette langue se rattache aux autres langues européennes. Il existerait plusieurs théories mais aucune ne ferait consensus dans les hautes sphères de la linguistique. Tout ça pour dire que même les experts sont infoutus de savoir s’il existe une racine commune entre le finnois est les autres langues. Les faits me semblent suffisamment accablants pour ne pas avoir à commenter outre mesure.

  • Raison #2 : des sonorités inhabituelles.

La croyance populaire qui consiste à penser que tous les habitants des pays nordiques s’expriment comme Odile Deray imitant du danois-ah-bah-non-j’suis-sotte-c’est-du-suédois dans « La Cité de la Peur » est fausse. En réalité elle serait assez vraie si on excluait le finnois. En effet, le norvégien, le suédois et le danois sont très proches sur le plan grammatical et phonétique. Pas le finnois. C’est assez dur à décrire mais si je devais essayer je dirais qu’à l’oreille c’est un hybride de grec, de portugais et de japonais. Maintenant vous faites ce que vous voulez de cette information, moi je continue ma leçon. En finnois on roule les R comme en espagnol, il n’y a pas de R guttural comme en français ou en allemand, il n’y a pas non plus la « jota » espagnole et surtout, surtout, on prononce les doubles voyelles et les doubles consonnes. Le tout produit donc un ensemble de sons difficiles à identifier et encore plus difficiles à reproduire. Cela étant dit je me dois d’ajouter une dernière chose sur le sujet et que j’aime appeler « le paradoxe du finnois ». Malgré tous ses sons étranges et ses mots sortis de nulle part le finnois possède une particularité dont peu de langues peuvent se vanter (et certainement pas le français) : il se prononce exactement comme il s’écrit et inversement. Ce qui le rend incroyablement facile à lire et à écrire à partir du moment où vous savez reconnaître les sons associés à chaque lettre. C’est un point important à souligner ce sera la seule fois où je dirai que le finnois est facile.

  • Raison #3 : les déclinaisons.

Je ne vais pas m’étendre sur le sujet ici car je compte consacrer une leçon entière aux déclinaisons (il faut au moins ça). Je me contenterai de dire ici qu’elles sont au nombre de 15 et qu’à peu près tous les mots se déclinent (noms, pronoms, adjectifs). Tout ce que vous avez besoin de savoir pour le moment ce que les déclinaisons sont marquées par l’ajout d’un suffixe différent selon le cas grammatical du mot. (ex : Talo (la maison)/ talossa (dans la maison)/ talon (de la maison)/ taloon (à la maison)…etc)

  • Raison #4 : l’affaiblissement consonantique.

Was ist das ? C’est un phénomène linguistique vicieux qui consiste à modifier l’orthographe de la racine de certains mots dans certaines circonstances. Et oui, c’est tout aussi obscur dans mon esprit que ça l’est sur votre écran. C’est à cause de ce mécanisme que le pluriel de käsi n’est pas sit mais det, que Turku perd son k aux génitif, innessif et élatif (Turun, Turussa, Turusta) ; que le double k de kukka (fleur) devient un simple k au pluriel : kukat ; que « chaussures » ne se dit pas kenkät mais kengät.

Aussi incroyable que cela puisse paraître les exemples que je vous ai cités répondent à des règles de phonétiques qui font que, selon la nature et la position des consonnes, certaines vont s’affaiblir. Si l’histoire s’arrêtait là on pourrait encore admettre qu’il ne faille pas un doctorat en linguistique pour aller acheter son pain… si seulement…

Combiner l’affaiblissement consonantique  avec les déclinaisons ça revient à passer un mot dans un blender en mode « gaspacho » et voir ce qu’il en ressort. Quelques exemples en vrac :

Lapsi (un enfant)….. lasten (génitif pluriel)

Olut (bière)…… oluiden (génitif pluriel)

Contre-exemple :

Koira (chien)…. koirien (génitif pluriel) [oui, ce n’est pas forcément évident au premier coup d’oeil mais ceci est une déclinaison parfaitement régulière. Et oui les crochets sont là uniquement pour une raison de cohésion esthétique parce qu’une parenthèse juste après une parenthèse c’est très moche.]

  • Raison #5 : Lesmotsàrallongequinenfinissentpas

Une idée reçue à propos du finnois consiste à penser qu’il n’existe aucun mot de moins de 12 lettres dans leur dictionnaire et qu’il est même courant d’employer des mots de plus de 30 lettres dans son vocabulaire quotidien. La première est fausse car comme dans beaucoup de langues il existe de nombreux mots de deux lettres, en revanche la deuxième affirmation est vraie. En effet le finnois est une langue très vivante et très libre dans sa construction. Vous pouvez (oui, enfin pas vous qui lisez, hein) facilement créer de nouveaux mots en accolant plusieurs mots bout à bout. Quelques exemples très simples :

Weekend se dit Viikonloppu. (viikko = semaine, loppu = fin. Le « n » marque le génitif = la fin DE semaine).

Dentifrice se dit hammastahna, soit « pâte à dent » comme nos amis (hum ,hum) bouffeurs de jelly.

Kilowatt-heure mètre triphasé se dit kolmivaihekilowattituntimittari (31 lettres).

L’autre raison à l’existence de mot de 12,000 lettres dans le langage quotidien est que les finlandais font tout ce qu’ils peuvent pour décourager les étrangers dans l’apprentissage de leur langue le finnois est une langue agglutinante. Hmm ? Oui mon petit Jean-Rémy, tu as une question ? Qu’est-ce-qu’une langue agglutinante ? En voilà une bonne question. Comme son nom le laisse supposer, il s’agit d’une langue dans laquelle tu peux construire des mots en agglutinants plusieurs morceaux les uns aux autres de façon un peu anarchique. Selon cette définition, Picasso – par exemple –  faisait de la peinture agglutinante. Je vais à nouveaux illustrer ce dogme obscur par un exemple savamment choisi, parce que j’aime les exemples, ils me permettent de me la péter en faisant croire que j’ai pris LV2 finnois au bac.

Prenons un mot simple : « verre ». Pas le matériau, le contenant. Un verre se dit lasi. Admettons que je veuille parler de ce qu’il y a dans le verre. Je dois alors dire lasissa. Maintenant disons que ce n’est pas n’importe quel verre mais que c’est le tien. Je dois alors rajouter la marque du possessif qui, en finnois, se construit par l’ajout d’un … ? Suffixe. Bravo, je vois que tu commences à comprendre le caractère agglutinant. Donc, « dans ton verre » se dit lasissasi (vous aussi vous avez l’impression de donner un ordre à un colley ?).

– Mikä on lasisi ? (quel est ton verre ?)

– Mitä on lasissa ? (qu’y a-t-il dans le verre ?) [3 mots côté finnois / 8 mots, 1 apostrophe et 2 tirets pour le français… I’m just saying.]

– Mitä on lasissasi ? (qu’y a-t-il dans ton verre ?)

Le fin mot de cette leçon c’est que lorsque vous voyez écrit sängyssäsi pour la première fois vous êtes à des kilomètres de vous douter que :

a) ce mot véhicule à lui tout seul 3 informations et que

b) en admettant que vous soyez titulaire d’un Master en grammaire finnoise (nan, c’est une blague ça n’existe pas) et que vous ayez donc réussi à déduire que –ssäsi est un double suffixe qui regroupe l’inessif suivi du possessif deuxième personne du singulier…  vous vous dites « hourra, j’ai craqué le code! Le substantif qui se cache derrière cette mascarade ne peut être que sängy ! » Eh bien non mon bon ami, vous venez de vous faire avoir par l’affaiblissement consonantique comme un bleu. Le mot était sänky. Try again.

Donc comme vous n’avez pas de Master en grammaire finnoise (puisque de toute façon ça n’existe pas) vous êtes, comme je le disais, à des kilomètres de toutes ces déductions et le sens du mot sängyssäsi vous semble aussi impénétrable que la théorie de quarks (ou les voies du Seigneur, choisissez votre camp). Alors vous prenez  naïvement votre dictionnaire… et bien sûr vous ne trouvez pas d’entrée à sängyssäsi. Agacé par l’incompétence du papier qui confine à l’obsolescence, vous vous dites, zut, après tout on est en 2013, je vais utiliser le world wide web. Vous tapez votre mot dans GoogleTranslate en faisant gaffe de bien placer tous les trémas… et paf ! GoogleTranslate vous donne la réponse : sängyssäsi. Hein ? Quoi ? Et oui, Google est comme vous, il n’aime pas les langues agglutinantes. Du coup vous retournez vous coucher sängyssäsi.

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