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Même par -20°C les cheveux poussent… vite. Alors comme l’atmosphère s’est récemment réchauffée, Cécile en a profité pour faire une jolie coupe d’été (l’été ici c’est quand il fait un peu au dessus de -5°C) à sa fille chérie qui s’est prêtée à l’exercice sans rechigner le moins du monde (grâce à un support audiovisuel à base de « Petit Ours Brun » savamment positionné).

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Leçon de finnois #5 : les cas grammaticaux.

Je vous l’ai déjà dit, la grammaire finnoise repose essentiellement sur un système de déclinaisons. Alors avant de rentrer dans le vif du sujet et pour bien savoir de quoi on parle, enfin de quoi JE parle – pour être exact – il serait de bon ton de définir quelques notions-clés.

En grammaire, une déclinaison correspond à la modification de l’orthographe d’un mot en fonction de son cas grammatical. En finnois les déclinaisons sont marquées par l’ajout d’un suffixe. Avant que vous ne demandiez je vais préciser que le cas grammatical correspond tout simplement à la fonction du mot dans la phrase. Je vais prendre un exemple pour illustrer mon propos.

Lorsque vous dites : « Le finlandais aime le sauna » Le finlandais est le sujet (c’est la fonction du mot dans la phrase), son cas grammatical sera donc du nominatif. Il aime quoi ? Le sauna, complément d’objet direct (=fonction), qui correspond donc à de l’accusatif en terme de cas grammatical. Le français fait peu de cas du cas. Par exemple si on intervertit les fonctions dans la phrase précédente en disant « Le sauna apaise le finlandais » Le sauna devient sujet et le finlandais le COD. Si vous êtes observateur vous remarquerez que sauna et finlandais s’écrivent exactement de la même façon qu’ils soient sujet ou complément. Ce qui m’amène à la conclusion que vous avez forcément devinée depuis la première phrase de ce billet : en finnois, c’est pas pareil. Et je vais vous expliquer à quel point.

Il existe 15 déclinaisons en finnois. Parmi ces 15, seules 4 correspondent à des cas grammaticaux à proprement parler. Il s’agit du nominatif, de l’accusatif, du génitif et du partitif. La leçon d’aujourd’hui sera donc consacrée à ces 4 cas.

  • Le nominatif

Le nominatif est au nom ce que l’infinitif est au verbe. C’est le degré zéro de la déclinaison. Comme expliqué précédemment, il s’utilise lorsque le nom est le sujet de la phrase. Quand vous apprenez les mots depuis un dictionnaire, ils sont au nominatif. A la volée : koira (chien), talo (maison), vesi (eau), tyttö (fille), kissa (chat), äiti (maman), puu (arbre), kaupunki (ville). Au pluriel il suffit d’ajouter un –t à la fin : koirat, talot, kissat, tytöt… (notez que dans ce dernier mot le double –tt est devenu un simple –t, signe d’un affaiblissement consonantique).

  • Le génitif

Le génitif marque la possession ou l’origine. En français cela correspond (en partie) au complément du nom. En finnois le génitif se marque par l’ajout du suffixe –n.  Par exemple, si je parle de l’université de Turku je vais devoir décliner « Turku » au génitif, ce qui donne Turun yliopisto (notez la disparition du « k » en raison de l’affaiblissement consonantique). Cet exemple illustre également une notion intéressante : les noms propres se déclinent. Ainsi, si je parle des chaussures de Jusi je vais dire « Jusin kengät ». Autre point important, le génitif s’applique au nom mais également aux adjectifs qui qualifient ce nom. Démonstration par l’exemple : les oreilles du chat noir = mustan kissan korvat (notez que, comme en anglais, l’adjectif est toujours placé devant le nom qu’il qualifie). Une construction logique et bien pensée qui permet de savoir immédiatement si c’est le chat ou les oreilles qui sont noirs. En effet, les oreilles noires du chat se dirait « Kissan mustat korvat« . L’adjectif musta s’accordant alors avec le sujet « korvat » en cas et en nombre, à savoir ici au nominatif pluriel, et devient « mustat« . Rien de très sorcier jusque-là me direz-vous. Certes, certes, vous répondrai-je. Sauf que non. Car comme toutes les autres déclinaisons le génitif peut se conjuguer au pluriel. Et là ça devient complètement insensé. Si on reprend l’exemple précédent en parlant cette fois-ci des oreilles DES chats noirs ça devient… Mustien kissojen korvat. Et avec cet exemple on touche du doigt ce dont je parlais dans mon article précédent à propos des mots qu’on ne reconnait plus. Kissa / kissojen… et il ne s’agit que d’un exemple simple. A l’extrême on trouve des mots comme « lämmin » qui deviennent « lämpimien » au génitif pluriel. Mais je m’écarte du propos général. Revenons donc à nos moutons et enchaînons sur :

  • L’accusatif

C’est un cas à part (ah, ah, ah…) car il ne possède pas de déclinaison propre mais emprunte tantôt le nominatif, tantôt le génitif (l’explication arrive un peu plus loin). L’accusatif, comme décrit dans mon introduction, correspond au complément d’objet direct. Le finnois pousse même la définition un peu plus loin en ajoutant que l’accusatif s’utilise lorsque l’objet est défini, entier (par opposition au partitif, comme nous le verrons plus loin). Avant d’illustrer tout ça par des exemples je vais expliquer rapidement ce que j’avais laissé de côté au début de ce paragraphe : la dualité génitif/nominatif. Lorsqu’un nom est à l’accusatif il prend la déclinaison du génitif si et seulement si le mot est au singulier et la phrase à l’indicatif. La réciproque est donc que lorsque le mot qui est à l’accusatif est un pluriel ou bien lorsque ce mot est dans une phrase au mode impératif ou passif, il prend la terminaison du nominatif. Je tenais à vous donner cette explication par souci d’exhaustivité et d’exactitude mais en toute franchise, vous pouvez faire comme si vous ne l’aviez jamais lue. Venons-en donc aux exemples qui, je l’espère clarifieront un peu les choses. Prenons un cas d’école : Minä söin kakun (J’ai mangé un gâteau). Ici l’objet est le gâteau (kakku au nominatif) qui devient alors kakun. Le fait que kakku soit à l’accusatif indique que j’ai mangé tout le gâteau (et que c’est sans doute pour ça que je commence à prendre du poids). Si j’avais dit Minä söin kakkua cela se traduirait par J’ai mangé du gâteau. Dans cet exemple kakkua correspond au partitif que nous verrons un peu plus loin. Augmentons un peu la complexité. Minä näin Marican koiran. Décortiquons ensemble. Minä näin signifie « j’ai vu ». Marican est le génitif de Marica qui est un nom propre (en plus d’être ma collègue de bureau), koiran est l’accusatif (avec la terminaison du génitif) de koira (chien). La phrase signifie donc : « J’ai vu le chien de Marica ». Finissons par un petit extra pour les plus hardis d’entre vous. Si je veux dire j’ai vu les chiens de Marica : Minä näin Marican koirat  / koirien ? Si vous avez lu attentivement ce que je vous ai conseillé d’ignorer vous aurez deviné qu’il faut utiliser la terminaison du nominatif pluriel et non du génitif pluriel (ce qui entre nous facilite énormément les choses car je considère le génitif pluriel comme la onzième plaie d’Egypte du finnois). La bonne réponse est donc Minä näin Marican koirat.

  • Le partitif

Le partitif est omniprésent en finnois. C’est le deuxième cas le plus usité de la langue (derrière le nominatif je suppose). Il se construit par l’ajout de la terminaison –a/ä ou –ta/tä selon l’orthographe du mot. Comme son nom l’indique il s’utilise pour désigner une partie d’un tout. Cette notion (encore assez facile à comprendre) se traduit très bien en français par les articles du et de la. Par exemple lorsque je dis « je bois de l’eau » on ne parle pas d’une eau en particulier ni de toute l’eau mais bien d’une partie de l’eau. En finnois cela donne Juon vetta (vetta étant le partitif de vesi… qui est un peu irrégulier à sa façon). « Je bois du vin » : Juon viiniä (viini au nominatif). Le partitif s’emploie également comme pluriel numéral. En effet, contrairement à environ toutes les civilisations sensées de ce monde, le finlandais distingue deux pluriels. Le pluriel quelconque (des maisons, des chiens…) et le pluriel numéral (trois maisons, soixante-douze chiens…). Le pluriel numéral se marque par le partitif singulier (oui moi aussi j’ai arrêté d’essayer de comprendre). Trois maisons = kolme taloa, soixante-douze chiens = seitsemänkymmentäkaksi koiraa. De façon assez amusante et contre-intuitive zéro se conjugue aussi au partitif. Voilà pour les emplois faciles du partitif. Mais ils ne représentent que la surface émergée de l’iceberg et  il existe tout un monde de tournures de phrase et de verbes qui exigent le partitif. Malheureusement ces voies me sont pour le moment impénétrables car elles échappent totalement à ma logique et à ma façon de concevoir des règles de grammaire. Je peux vous en donner quelques exemples pris au hasard : Onko sinulla autoa? (Est-ce que tu as une voiture ?) Pourquoi  est-ce autoa et non auton puisqu’il s’agit d’un objet fini ? Teen kakkua (je fais un gâteau), instinctivement j’aurais utilisé l’accusatif (kakun) car c’est un complément d’objet direct et que l’objet est défini. Luen kirjoja (je lis des livres). Les livres sont pourtant des objets entiers, finis… mais non, ici on met du partitif pluriel et non de l’accusatif pluriel. L’explication résiderait dans le fait qu’il s’agit d’une action générale, vague (« que fais-tu pour t’occuper ? » Je lis des livres). On pourrait aussi dire que l’action de lire n’est pas une action finie. En revanche si on disait « hier j’ai terminé mon livre », il est probable que « livre » soit alors à l’accusatif.

En cherchant on finit toujours par trouver un semblant de logique mais le problème c’est que rien de tout ça n’est instinctif pour nous pauvres français car le langage formate notre esprit et notre façon de penser. Et c’est sans doute en cela que réside la plus grande difficulté de l’apprentissage du finnois. Ce n’est pas dans l’orthographe parfois infernale de ses 15 déclinaisons, ni dans son système d’affaiblissement consonantique. Non, la vraie difficulté, selon moi, se trouve au cœur même de sa syntaxe. Pour exprimer certaines notions il utilise des constructions qui nous sont totalement étrangères, bouleversant ainsi nos repères linguistiques. L’anglais est assez facile à apprendre pour un français ou un allemand car la syntaxe est relativement conservée ce qui nous permet, au moins au début, de progresser en essayant de faire des traductions mot à mot. Ces traductions, bien que souvent imprécises et maladroites, restent possibles et largement compréhensibles par les autochtones. En finnois elles sont quasiment impossibles. Saviez-vous par exemple qu’il n’existe pas de verbe « avoir » en finnois ? Qu’il n’existe pas non plus de temps futur ? Que pour marquer la négation ils utilisent une sorte d’auxiliaire qui se conjugue ? Tout ceci vous sera expliqué dans une future leçon. Mais avant cela, la prochaine sera consacrée aux 11 autres déclinaisons.

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