Leçon de finnois #8 : la négation

Une petite leçon pas trop dure mais néanmoins essentielle pour la suite : la négation en finnois. Comme dans beaucoup de langues (voire toutes ?) la négation est matérialisée par une particule. En français nous faisons cela assez simplement en utilisant la formule ne + verbe + pas (ou jamais, plus, toujours, encore…). Les anglais compliquent très légèrement le concept en rappelant l’auxiliaire (do, did, will, would, can, could, shall, should) pour y accoler la particule not avant le verbe à l’infinitf.

Exemple:

youshallnotpass

Les finlandais, eux, ce sont dit que quitte à faire compliqué, autant le faire jusqu’au bout… et c’est ce qu’ils firent. Et c’est ainsi qu’est né le verbe négatif. Pas une particule, pas un auxiliaire. Un goddam motherfucking verbe. Avec une conjugaison. Oui madame.

En finnois la forme négative d’un verbe se construit selon le schéma :
verbe négatif accordé + racine verbale bizarre.

La conjugaison du verbe négatif est relativement simple dans la mesure où il en existe une seule pour tous les temps et tous les modes (excepté l’impératif), et une spécifique à l’impératif (dont je parlerai en fin de leçon). Cette conjugaison « universelle » est la suivante :

Minä en
Sinä et
Hän ei
Me emme
Te ette
He eivät

Là où ça se complique c’est quand il faut trouver la racine du verbe que l’on veut négationner. Il existe alors plusieurs cas de figure selon le temps et le mode auxquels vous voulez conjuguer votre verbe. Afin de ne pas me contredire lorsque je mentionnais en introduction « une petite leçon pas trop dure », je vais mettre de côté la négation des verbes à la voix passive pour me consacrer uniquement à la voix active (et c’est déjà pas mal).

Nous aborderons donc le présent, le passé et l’impératif.

Le présent

Au présent, pour trouver la racine d’un verbe c’est (en apparence) très facile. Il suffit de le conjuguer à la première personne du singulier (minä) et de lui retirer le -n final.  Voici quelques exemples de racines verbales simples : olla -> ole ; tulla -> tule ; mennä -> mene ; puhua -> puhu. Et voici maintenant quelques exemples de racines verbales un peu wtf : tavata -> tapaa ; juosta -> juokse ; saada -> saa.

Voyons à présent quelques exemples de phrases :

Anteeksi, en puhu hyvin suomea. (Excusez-moi, je ne parle pas bien le finnois). Notez ici l’absence du pronom personnel minä (puisque ce dernier est facultatif et d’ailleurs peu usité à l’oral).

He eivät mene enää uimahalliin. (Ils ne vont plus à la piscine). La formule ei+verbe+enää signifie « ne plus ». Remarquez ici le complément à l‘illatif (uimahalliin) puisqu’il s’agit d’un déplacement vers un endroit fermé.

Emme tule takaisin huomenna. (Nous ne rentrerons pas demain). Un petit teaser ici pour mettre en lumière le fait qu’il n’existe pas de conjugaison future en finnois. Pour figurer la notion de futur ils utilisent le présent et y ajoutent un complément de temps, ici huomenna. Notez qu’il nous arrive de faire la même chose en français et qu’il est tout à fait acceptable de dire « nous ne rentrons pas demain ».

Le passé

Comme au présent, on conjugue le verbe négatif mais cette fois-ci on n’y ajoute pas la racine verbale mais le participe passé actif (au nomminatif, car, comme nous le verrons surement dans une leçon future, le participe passé se décline). Je ne vais pas détailler ici la construction du participe passé car ce serait 1) chiant 2) compliqué 3) redondant ave une future leçon (que j’essairai de rendre intéressante et facile). Voyons plutôt quelques exemples :

Minä en nukkunut hyvin viime yönä (Je n’ai pas bien dormi la nuit dernière). Nukkunut est donc le participe passé actif du verbe nukkua. La terminaison -nä (ici dans , mais que j’ai utilisée précedemment dans huomenna) correspond à un cas que je n’ai pas encore abordé : l’essif. Retenez juste qu’on l’utilise surtout (mais pas que) dans les complements circonstanciels de temps.

He eivät koskaan puhuneet minulle (Ils ne m’ont jamais parlé). Puhuneet est le participe passé actif du verbe puhua, mais cette fois-ci au pluriel (au singulier c’eût été puhunut). Après la forme « ne plus » (ei enää) je vous livre ici « ne jamais » : ei koskaan. Notez l’emploi de l’allatif dans minulle pour indiquer vers qui est adressée l’action de parler.

L’impératif

Le cas le plus simple et le plus courant est l’impératif singulier : « ne fais pas ça ! ». En finnois cela se construit très simplement en utilisant le älä + racine verbale (la même qu’au présent). Exemples :

Älä koske! (Ne touche pas !). Infinitif = Kosketa

Älä juokse (Ne cours pas !). Infinitif = Juosta

En revanche au pluriel la construction est un peu plus gratinée (allez savoir pourquoi). Le verbe négatif devient älkää et on utilise la racine infinitive du verbe, c’est à dire son infinitif moins la ou les deux dernières lettres (selon le type du verbe mais je ne rentre pas dans les détails), à laquelle on accole la terminaison -kö/ko. Comme tout ça est un peu dense je vous propose une mise en application :

Älkää syökö sitä! (Ne mangez pas ça). Ici le verbe est syödä (à l’inifnitif). Pour obtenir sa racine infinitive on enlève les deux dernières lettres et on obtient syö- auquel on ajoute la terminaison -kö. Notez ici que le complément d’objet direct est au partitif (sitä, partitif singulier de se). En finnois l’objet direct dans une phrase négative est presque systématiquement au partitif (ex: Minä en näe sinua : je ne te vois pas).

Si on reprend nos exemples précédents et qu’on les met au pluriel, nous obtenons:

Älkää koskeko! (Ne touchez pas).

Älkää juosko! (Ne courez pas).

7 Commentaires

Classé dans Linguistique

7 réponses à “Leçon de finnois #8 : la négation

  1. Christian

    Bonjour Miko,
    Un grand merci pour ce topo sur la construction de la négation en finnois. Passionné par le pays, sa culture musicale (dont l’excellent métal de Teräsbetoni qui me fait dire qu’une langue « se déguste » aussi dans sa dimension musicale) et sa langue depuis 2 008, année de la révélation avec la participation de la Finlande que je découvrais en entendant « Missä miehet ratsastaa », j’apprécie ce petit surplus de connaissance après avoir dégrossi l’essentiel avec la méthode Assimil. Christian R

  2. Christian

    Encore un petit bonsoir et petit complément de commentaire,
    Avec 2 précédents voyages en Finlande à notre actif (été 2 013 et été
    2 015), nous pensons pouvoir revenir en famille l’été 2 017. Je compte d’ici là approfondir mes connaissances, surtout au niveau de la formation des pluriels, ce qui n’est pas une mince affaire ! Dans la foulée, Miko, si cela ne te dérange pas trop, pourrais-tu me donner une info sur les variantes d’un mot que je ne retrouve pas au nominatif : tanne, sinne, minne…..
    Un grand merci d’avance et amitiés de Barjols dans le VAR en France.
    Kiitos ! Näkemiin. Christian R

    • Miko

      Bonjour Christian. Merci pour les commentaires positifs, ça me fait toujours plaisir de savoir que mes leçons sont lues et appréciées.
      J’ai fait des recherches sur tänne, sinne, minne et j’ai appris que la terminaison -nne correspond à un cas adverbial que l’on appelle le sublatif. Tänne est donc le sublatif de tämä et signifie « vers ici ». Par exemple dans la phrase Tule tänne! = « Viens ici ! » Minne est le sublatif de mikä et s’utilise donc pour poser la question « vers où », à ce titre c’est donc un synonyme de mihin. Mihin menet? = Minne menet? = « (vers) où vas-tu ? » Et pour finir, sinne est le sublatif de se. Là par contre je n’ai pas d’exemple de phrase sous la main car je ne suis pas certain de la façon dont il s’emploie. Je demanderai à des natifs.

      • Christian

        Merci Miko ! Donc un cas de plus à intégrer dans la liste déjà impressionnante des cas locatifs et grammaticaux. Je me sens quand même un peu plus « éclairé » , ce qui me permets d’appréhender la langue avec un peu plus de recul. Hyvää yötä

      • Miko

        Je reviens avec un peu plus de précision à propos de sinne. En interrogeant un autochtone j’ai appris que sinne était en quelque sorte l’opposé de tänne. Je m’explique : tänne correspond à un mouvement « vers ici ». Lorsqu’une personne ordonne à son chien « tule tänne! » c’est pour que le chien revienne vers elle. Sinne, en revanche, s’utilise pour indiquer un mouvement « vers ailleurs », c’est-à-dire un éloignement. Exemple de conversation :
        «Oletko nähnyt mäellä uuden puiston? (Est-ce que tu as vu le nouveau parc sur la colline ?)
        En. Minä menen sinne huomenna! » (Non, j’y vais demain)
        Voilà, j’espère t’avoir éclairé un peu.

  3. Alex.M

    Bonjour,

    Tout d’abord merci pour ces leçons, elles sont clairs et faciles a comprendre, cela m’aide beaucoup!
    J’ai une question: Quand est-ce que la leçon sur le verbe AVOIR sort?

    Bonne journée ^^!

    • Miko

      Bonjour Alex,
      Merci pour les compliments. Malheureusement je ne sais pas si une future leçon sortira un jour. Nous sommes partis de Finlande fin novembre et nous dirigeons vers de nouvelles aventures outre-Atlantique. Dans ce contexte je ne suis pas sûr d’avoir le temps et les ressources nécessaires pour continuer les leçons (je faisais toujours vérifier mes phrases en finnois par mes collègues finlandais). Cela dit j’ai pris beaucoup de plaisir à les écrire et il n’est pas complètement exclu que je m’y replonge un jour. Wait and see…

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