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Le Finnois en Pratique #1

Je démarre ici une nouvelle rubrique linguistique qui sera consacrée à l’étude de cas pratiques. Le concept sera d’y analyser des phrases issues du quotidien dans le but de mettre en applications les règles précédemment étudiées, mais aussi et surtout d’apprendre des petites choses intéressantes qui ne nécessitent pas forcément une leçon à part entière. Décortiquer le finnois est un exercice que je réalise quotidiennement et que je trouve assez ludique (quoique difficile). Cela permet d’aborder l’apprentissage de façon plus interactive que de lire des leçons et les petites choses que l’on peut en retirer (notamment le vocabulaire) se retiennent sans trop d’effort.
Mais assez préambulé, passons directement au cas du jour :

20160309_071813[1]Pour vous donner un peu de contexte (c’est importrant le contexte) sachez que ceci est une brique de lait.

On va commencer très simplement par la première partie : Maitoa Suomesta.

Maito signifie « lait ». L’ajout du -a final est la marque du partitif sungulier puisqu’il s’agit ici d’une entité indénommbrale. Ce partitif est une notion qui est très difficile à traduire ou à exprimer en français. Si je devais m’y risquer je dirais qu’en français cela se retrouverait dans l’emploi de l’article indéfini « Le ». On ne parle pas d’un lait, mais du lait (de le lait donc).

Suomesta. Le premier indice qui permet de deviner ce mot c’est la terminaison -sta  typique de l’élatif qui indique donc une provenance. C’est donc du lait de quelque part. On remarque ensuite que Suomesta est écrit avec une majuscule et on devine alors aisément qu’il s’agit de l’élatif du mot Suomi (= Finlande). En effet l’élatif se construit avec la racine génitive du mot  + le suffixe –sta (ou –stä). Le génitif de Suomi est suomen, on enlève le -n final pour obtenir la racine : Suome-. Suomesta = de Finlande.

Maitoa Suomesta = Le lait de Finlande.

Passons maintenant aux choses sérieuses avec la phrase : Koska suomalaiset lehmät ovat maailman parhaita.

La première chose à faire devant une phrase qu’on ne comprend pas d’emblée, c’est de repérer le sujet. En finnois le sujet est le plus souvent au nomminatif, ce qui le rend assez facile à identifier. Ici c’est un cas d’école puisque quiconque ayant un minimum de vocabulaire en finnois aura repéré le mot lehmät, qui signifie « vaches ».
On remarque ensuite que le substantif lehmät est précédé d’une adjectif qui, comme le nom qu’il qualifie, est au nomminatif pluriel : suomalaiset. Au nomminatif singulier le mot est suomalainen et il signifie « finlandais ». Le suffixe -lainen est utilisé en finnois pour construire des mots désignant les habitants d’un lieu. Ca marche bien sûr avec tous les pays (Ranskalainen, Algerialainen, etc…) mais plus largement avec n’importe quel lieu : kaupunkilainen (citadin/citoyen), metsäläinen (habitant de la forêt).

A ce niveau nous avons donc identifié notre sujet : suomalaiset lehmät = les vaches finlandaises. Il faut maintenant trouver le verbe. C’est une étape que je trouve souvent difficile car si je connais un bon nombre de noms et d’adjectifs je dois admettre que mon vocabulaire verbique est pauvre. Bon, ici c’est assez simple. En fait on pourrait difficilement faire plus simple puisqu’il s’agit du verbe olla (= être), à la troisième personne du pluriel au présent, ce qui donne : ovat. Alors où en sommes-nous à présent ?

Koska
…les vaches finlandaises sont… maailman parhaita.

Je vais la faire courte pour koska car je ne connaissais pas ce mot. J’ai donc tout simplement ouvert mon dictionnaire (en papier s’il vous plaît). Koska signifie « parce que ».

On a donc : Parce que les vaches finlandaises sont… maailman parhaita.

Cette fois-ci je vais commencer par vous donner la traduction puis nous verrons la construction après: maailman parhaita signifie « les meilleures du monde ». Lorsqu’on lit « … du monde » on doit tout de suite penser au génitif. Souvenez-vous l’exemple « les oreilles du chat » -> kissan korvat. Le mot au génitif  se place toujours avant le nom qu’il qualifie. Maailma signifie « monde ». Sa construction au génitif est on-ne-peut-plus régulière et donne donc maailman.
Parhaita est déjà un peu plus complexe. Il s’agit du mot paras au partitif pluriel. Paras est un adjectif qui signifie « meilleur ». Et si je dis que le cas est un peu complexe c’est parce que je suis incapable de vous expliquer pourquoi il est ici au partitif pluriel. Plus précisémemt, pourquoi il est au partitif (parce que le pluriel est en fait logique vu qu’il qualifie un nom au pluriel). Mais vous savez quoi ? L’ironie, c’est que lorsque je demande à des finlandais de m’expliquer ce cas, ils ne sont pas plus avancés que moi et la réponse que je reçois systématiquement est: « parce que c’est comme ça ».

 

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Leçon de finnois #8 : la négation

Une petite leçon pas trop dure mais néanmoins essentielle pour la suite : la négation en finnois. Comme dans beaucoup de langues (voire toutes ?) la négation est matérialisée par une particule. En français nous faisons cela assez simplement en utilisant la formule ne + verbe + pas (ou jamais, plus, toujours, encore…). Les anglais compliquent très légèrement le concept en rappelant l’auxiliaire (do, did, will, would, can, could, shall, should) pour y accoler la particule not avant le verbe à l’infinitf.

Exemple:

youshallnotpass

Les finlandais, eux, ce sont dit que quitte à faire compliqué, autant le faire jusqu’au bout… et c’est ce qu’ils firent. Et c’est ainsi qu’est né le verbe négatif. Pas une particule, pas un auxiliaire. Un goddam motherfucking verbe. Avec une conjugaison. Oui madame.

En finnois la forme négative d’un verbe se construit selon le schéma :
verbe négatif accordé + racine verbale bizarre.

La conjugaison du verbe négatif est relativement simple dans la mesure où il en existe une seule pour tous les temps et tous les modes (excepté l’impératif), et une spécifique à l’impératif (dont je parlerai en fin de leçon). Cette conjugaison « universelle » est la suivante :

Minä en
Sinä et
Hän ei
Me emme
Te ette
He eivät

Là où ça se complique c’est quand il faut trouver la racine du verbe que l’on veut négationner. Il existe alors plusieurs cas de figure selon le temps et le mode auxquels vous voulez conjuguer votre verbe. Afin de ne pas me contredire lorsque je mentionnais en introduction « une petite leçon pas trop dure », je vais mettre de côté la négation des verbes à la voix passive pour me consacrer uniquement à la voix active (et c’est déjà pas mal).

Nous aborderons donc le présent, le passé et l’impératif.

Le présent

Au présent, pour trouver la racine d’un verbe c’est (en apparence) très facile. Il suffit de le conjuguer à la première personne du singulier (minä) et de lui retirer le -n final.  Voici quelques exemples de racines verbales simples : olla -> ole ; tulla -> tule ; mennä -> mene ; puhua -> puhu. Et voici maintenant quelques exemples de racines verbales un peu wtf : tavata -> tapaa ; juosta -> juokse ; saada -> saa.

Voyons à présent quelques exemples de phrases :

Anteeksi, en puhu hyvin suomea. (Excusez-moi, je ne parle pas bien le finnois). Notez ici l’absence du pronom personnel minä (puisque ce dernier est facultatif et d’ailleurs peu usité à l’oral).

He eivät mene enää uimahalliin. (Ils ne vont plus à la piscine). La formule ei+verbe+enää signifie « ne plus ». Remarquez ici le complément à l‘illatif (uimahalliin) puisqu’il s’agit d’un déplacement vers un endroit fermé.

Emme tule takaisin huomenna. (Nous ne rentrerons pas demain). Un petit teaser ici pour mettre en lumière le fait qu’il n’existe pas de conjugaison future en finnois. Pour figurer la notion de futur ils utilisent le présent et y ajoutent un complément de temps, ici huomenna. Notez qu’il nous arrive de faire la même chose en français et qu’il est tout à fait acceptable de dire « nous ne rentrons pas demain ».

Le passé

Comme au présent, on conjugue le verbe négatif mais cette fois-ci on n’y ajoute pas la racine verbale mais le participe passé actif (au nomminatif, car, comme nous le verrons surement dans une leçon future, le participe passé se décline). Je ne vais pas détailler ici la construction du participe passé car ce serait 1) chiant 2) compliqué 3) redondant ave une future leçon (que j’essairai de rendre intéressante et facile). Voyons plutôt quelques exemples :

Minä en nukkunut hyvin viime yönä (Je n’ai pas bien dormi la nuit dernière). Nukkunut est donc le participe passé actif du verbe nukkua. La terminaison -nä (ici dans , mais que j’ai utilisée précedemment dans huomenna) correspond à un cas que je n’ai pas encore abordé : l’essif. Retenez juste qu’on l’utilise surtout (mais pas que) dans les complements circonstanciels de temps.

He eivät koskaan puhuneet minulle (Ils ne m’ont jamais parlé). Puhuneet est le participe passé actif du verbe puhua, mais cette fois-ci au pluriel (au singulier c’eût été puhunut). Après la forme « ne plus » (ei enää) je vous livre ici « ne jamais » : ei koskaan. Notez l’emploi de l’allatif dans minulle pour indiquer vers qui est adressée l’action de parler.

L’impératif

Le cas le plus simple et le plus courant est l’impératif singulier : « ne fais pas ça ! ». En finnois cela se construit très simplement en utilisant le älä + racine verbale (la même qu’au présent). Exemples :

Älä koske! (Ne touche pas !). Infinitif = Kosketa

Älä juokse (Ne cours pas !). Infinitif = Juosta

En revanche au pluriel la construction est un peu plus gratinée (allez savoir pourquoi). Le verbe négatif devient älkää et on utilise la racine infinitive du verbe, c’est à dire son infinitif moins la ou les deux dernières lettres (selon le type du verbe mais je ne rentre pas dans les détails), à laquelle on accole la terminaison -kö/ko. Comme tout ça est un peu dense je vous propose une mise en application :

Älkää syökö sitä! (Ne mangez pas ça). Ici le verbe est syödä (à l’inifnitif). Pour obtenir sa racine infinitive on enlève les deux dernières lettres et on obtient syö- auquel on ajoute la terminaison -kö. Notez ici que le complément d’objet direct est au partitif (sitä, partitif singulier de se). En finnois l’objet direct dans une phrase négative est presque systématiquement au partitif (ex: Minä en näe sinua : je ne te vois pas).

Si on reprend nos exemples précédents et qu’on les met au pluriel, nous obtenons:

Älkää koskeko! (Ne touchez pas).

Älkää juosko! (Ne courez pas).

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Leçon de finnois #7 : les cas locatifs

Bonjour à tous les curieux, à tous les aventuriers de la grammaire finnoise et à tous ceux qui sont là par hasard. Dans une leçon précédente je vous avais parlé brièvement des 4 cas grammaticaux du finnois et dans cette même leçon je vous avais également dit que le finnois comptait 15 cas. Nous allons aujourd’hui faire un pas de plus vers ce chiffre quinze puisque je vais vous présenter 6 nouveaux cas appelés les cas locatifs.

Très simplement, les cas locatifs sont des déclinaisons qui permettent d’apporter une information de localisation spatiale. En francais ou en anglais nous utilisons des prépositions pour donner cette information. Par exemple lorsque je dis : « Je vais au marché »/ « I am going to the market ». En finnois, ces notions de « dans », « sur », « vers », etc… sont exprimées par les cas locatifs. Ils sont au nombre de 6 et pour faciliter leur compréhension on peut les regrouper en deux catégories comme nous le verrons un peu plus loin.

Bon, ça fait déjà 10 lignes que je déblatère et vous n’avez toujours pas vu l’ombre d’une de ces déclinaisons. Si vous avez tenu jusqu’ici, bravo, votre patience va être bientôt récompensée. Les 3 cas locatifs internes se nomment respectivement : l’illatif, l’inessif et l’élatif ; les 3 cas dits externes sont : l’allatif, l’adessif et l’ablatif. Voilà, j’espère que vous êtes satisfaits. Parce que moi, à ce stade, pas trop. J’ai beau les connaître un peu je suis toujours incapable de les nommer correctement. Mais qu’à cela ne tienne, ce qui est important à retenir c’est 1) comment ils se construisent et 2) quelles notions ils véhiculent.

Je vais passer rapidement sur la construction parce qu’elle n’est pas très compliquée et que je préfère plutôt passer du temps sur leur signification.

  • Illatif : alongement de la dernière voyelle + n (ex : Talo -> Taloon, keittiö -> keittiöön, kauppa -> kauppaan) ou –h + voyelle + n (ex : Maa -> Maahan, työ -> työhön)
  • Inessif : suffixe –ssa/ssä (ex : Talossa, keittiössä, kaupassa)
  • Elatif : suffixe –sta/stä (ex : Talosta, keittiöstä, kaupasta)
  • Allatif : suffixe –lle (ex: Katu -> Kadulle, Puisto -> puistolle, pöytä -> pöydälle)
  • Adessif : suffixe –lla/llä (ex: Kadulla, puistolla, pöydällä)
  • Ablatif : suffixe –lta/ltä (ex : Kadulta, puistolta, pöydältä)

Les observateurs le plus attentifs auront pu noter que tous les cas à l’exception de l’illatif induisent un affaiblissement consonantique lorsque le mot s’y prête (ex : pp : p dans Kauppa / Kaupasta / Kaupassa alors que Kauppaan n’est pas affaibli). Pour finir avec la partie hardcore grammar j’ajouterai qu’il existe également une version plurielle de chacune de ces déclinaisons. Par exemple, si je vais dans les magasins je dirai : Minä menen kaupoihin. Je suis dans les magasins : Minä olen kaupoissa, etc… Maintenant que nous avons vu comment les écrire intéressons-nous à comment les utiliser.

Pour vous faire comprendre les choses je vais m’appuyer sur le travail effectué par Annika Harlio dans son Mémoire de Maîtrise en philologie romane, savoureusement intitulé (accroche-toi à ton slip cher lecteur) : L’usage spatial de l’illatif finnois et leurs équivalents français – Etude Contrastive de trois romans de Mika Haltari et de leurs traductions en français. Je me permets une petite digression à ce niveau-là pour établir que, premièrement, cette source est bien réelle et que, deuxièmement, l’ensemble du Mémoire (63 pages) est écrit dans un français parfait. Anna Harlio, si d’aventure vous tombez sur ce billet, je vous félicite pour ce travail brillant et vous remercie pour l’aide qu’il m’a apporté.

Une bonne façon d’appréhender ces cas c’est de les représenter dans l’espace (fig 1.).

Presentation1

Figure 1 : Les cas locatifs illustrés

On obtient alors le découpage classique qui différencie les 3 cas internes des 3 cas externes. L’illatif s’emploie pour indiquer que vous vous rendez dans un lieu fermé. Ex : Minä tulen takaisin kotiin = je rentre à la maison. L’innessif indique quelque chose qui est dans un espace fermé mais sans notion de mouvement ex : Marcus on saunassa = Marcus est dans le sauna. Attention je ne dis pas que Marcus doit rester parfaitement immobile dans le sauna, il a le droit de bouger pour mettre de l’eau sur les pierres par exemple. Quand je dis sans notion de mouvement je veux dire que Marcus, au moment où je parle, est dans le sauna ; il n’y rentre pas ; il n’en sort pas. Enfin l’élatif indique une sortie d’un lieu fermé. Joka päivä kävelen kodista yliopistoon = Tous les jours je marche de la maison à l’université (et paf, double combo élatif-illatif). Voilà pour les cas internes. Côté externe nous avons l’allatif qui indique in mouvement vers un endroit, mais pas fermé. Par exemple si je vais à la plage à vélo je dirais : pyöräilen rannalle (ranta -> rannalle, affaiblissement de type nt : nn) car la plage est un lieu ouvert, vers lequel je me déplace. En revanche lorsque je suis arrivé et qu’un ami me demande au téléphone où je suis, je lui réponds : Minä olen rannalla et non rannassa car je ne suis pas dans la plage mais sur la plage. Après une bonne baignade dans la baltique je rentre à la maison et là ma fille, voyant mes pieds tout ensablés, me demande d’où je viens (OK c’est pas Sherlock Holmes…mais elle n’a que 3 ans). Alors je lui réponds : je viens de la plage… oui parce que ma fille est française alors ça n’aurait pas de sens de lui dire tulen rannalta (encore que…).

Alors là vous vous dites que ça fait déjà un beau morceau à digérer mais que finalement grâce à un découpage logique la chose n’est pas si impénétrable qu’il y paraît. C’est donc le moment parfait pour venir briser votre béatitude mentale en vous disant que nous venons simplement de découvrir l’usage spatial des cas locatifs et qu’il sont aussi largement utilisés pour exprimer toute une foultitude de concepts qui n’ont rien à voir avec la localisation spatiale. Je vais donc essayer de vous en dresser une liste pour que vous vous fassiez une idée :

  • On utilise l’inessif pour dire qu’un objet « a » quelque chose. Par exemple si je dis : « le livre a 100 pages » : Kirjassa on sataa sivua. (comme nous le verrons dans une leçon future le finnois n’a pas de verbe avoir)
  • Lorsqu’on dit merci pour quelque chose on utilise l’élatif : « Merci pour le café » -> Kiitos kahvista
  • Avec certains verbes comme pitää ou tykätä (aimer, apprécier) on utilise nécessairement l’élatif : « J’aime le chocolat noir » -> Minä pidän tummasta suklaasta (petit rappel ici : l’adjectif qui qualifie l’objet s’accorde au même cas que ce dernier. Tumma suklaa (chocolat noir) devient donc tummasta suklaasta dans l’exemple sus-mentionné)
  • Quand quelqu’un donne une opinion, on utilise l’élatif : « A mon avis, la mer est froide » -> Minusta meri on kylmä. Dans cette phrase, minusta, qui est la forme élative du pronom personnel minä, signifie à lui tout seul « à mon avis » ou « selon moi ».
  • Pour dire « jusqu’à » dans le sens temporel, on emploie l’illatif : « Du matin jusqu’au soir » -> aamusta hön (notez au passage que pour dire « à partir de » au sens temporel on emploie l’élatif comme on peut le voir dans aamusta)
  • Pour les compléments circonstanciels de moyen on utilise l’adessif. « Je vais à la plage en voiture«  -> Menen rannalle autolla. Ou encore : « Il écrit avec un stylo«  -> Hän kirjoittaa kynällä
  • Le verbe « avoir » (qui n’existe pas en tant que tel en finnois) s’exprime par une construction basée sur l’adessif et le verbe « olla ». J’ai un chien -> Minulla on koira (je ne m’étends pas trop sur ce point car il fera l’objet d’une une future leçon)
  • Pour dire que quelque chose se passe à telle heure, on peut utiliser l’ablatif. Pour dire « le cours commence à 10 heures » on peut dire kurssi alkaa kello kymmenen (qui est la forme classique) ou bien utiliser l’ablatif : kurssi alkaa kymmeneltä. A noter que la forme abaltive ne peut s’employer que pour les heures piles et les demi-heures. Pour dire onze heure moins cinq, par exemple, on doit utiliser la forme traditionnelle.
  • L’ablatif s’emploie également avec les verbes de perception comme « sentir ». Ca sent bon -> Se tuoksuu hyvältä
  • L’allatif s’emploie aussi pour adresser quelque chose à quelqu’un. Donnele à Jaana -> Anna sen Jaanalle.

Bien que cette liste ne soit pas exhaustive elle regroupe toutes les principales utilisations des cas locatifs dans le langage courant. Chacune mériterait certainement qu’on lui consacre une leçon à part entière afin d’en cerner toutes les nuances et subtilités (dans le finnois regorge) mais je n’ai pas la prétention d’avoir un niveau suffisant pour cela. Je vous laisse avec un petit lexique des mots que j’ai utilisés dans mes exemples.

Lexique:

  • Aamu : matin
  • Alkaa : commencer
  • Kirjoittaa : écrire
  • Koti : maison (dans le sens « chez soi »)
  • Kynä : stylo
  • Kylmä : froid
  • Kävellä : marcher
  • Mennä : aller
  • Meri : mer
  • Pitää : aimer, apprécier
  • Pyöräillä : pédaler, faire du vélo
  • Ranta : plage
  • Suklaa : chocolat
  • Tumma : sombre
  • Tykätä : aimer; apprécier
  • Yliopisto : université
  • Yö : nuit

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Leçon de finnois #6 : le présent de l’indicatif

Contrairement à ce que j’avais annoncé à la fin de la leçon #5, je ne parlerai pas tout de suite des 11 autres déclinaisons. D’abord parce que je n’en connais réellement qu’une moitié et ensuite parce que je n’ai pas encore d’idée pour rendre l’article plus intéressant qu’un vulgaire catalogue. En attendant de trouver l’inspiration je vous propose de voir autre chose de plus facile et, à mon sens, de bien plus essentiel : le présent de l’indicatif.

La conjugaison en finnois est assez simple si j’ose dire. Les terminaisons des verbes sont relativement logiques d’un temps à un autre et la langue n’admet aucune exception, aucun cas particulier. La seule vraie difficulté est de savoir comment modifier le radical du verbe juste avant de lui ajouter sa terminaison et cela est régi par des règles. Par 27 règles pour être précis… Ces règles ont donné naissance à des regroupements de verbes qui se comportent de façon similaire. Ainsi, tous les verbes du finnois tombent dans une de ces 27 catégories et chaque catégorie est identifiée par son verbe exemplaire. Il y a par exemple le groupe des verbes qui se conjuguent comme sanoa et qui comporte à peu près tous les verbes qui se terminent avec –voyelle+a (ou ä) (aikoa, haipua, eksyä, etc…). Ce système fait que certaines catégories (comme celle que je viens de citer) sont très densément peuplées et que certaines ne regroupent qu’une poignée de verbes un peu bizarres (qu’on serait très tenté d’appeler exceptions…).

Voyons donc deux exemples issus des 2 catégories de verbes les plus représentées dans la langue (qui a elles seules regroupent environ 80% des verbes) :

Sanoa (dire)                       muistaa (se souvenir)

Minä sanon                         muistan

Sinä sanot                           muistat

Hän/se sanoo                     muistaa

Me sanomme                     muistamme

Te sanotte                           muistatte

He/ne sanovat                   muistavat

Au passage vous pouvez découvrir les pronoms personnels de la langue. Notez que hän et he sont neutres et peuvent désigner aussi bien des hommes que des femmes.

Apprenez également qu’en finnois, comme en espagnol, les pronoms personnels sont facultatifs, sauf hän et he qui sont obligatoires à l’écrit comme à l’oral. On peut donc dire ou écrire haluan pour dire « je veux ».

Les pronoms se et ne s’utilisent pour parler des objets, pas des personnes. Se correspond exactement au it anglais et ne est sa version plurielle.

Vous remarquez que les terminaisons ne sont pas bien complexes et que les radicaux des verbes sont ici très conservés puisqu’il a suffi d’enlever le dernier –a de leur infinitif pour leur ajouter les terminaisons. Ces deux groupes de verbes correspondent en effet à la majeure partie des verbes de la langue et on pourrait très bien les appeler verbes réguliers.

Mais, mais, mais… il ne faudrait pas oublier notre ami l’affaiblissement consonantique et son inégalable talent pour compliquer tout ce qu’il touche. Car l’appartenance des verbes à telle ou telle catégorie ne les exempte pas de l’affaiblissement consonantique. Prenons un exemple simple : kirjoittaa, qui signifie écrire. Ce verbe, je vous l’annonce, appartient à la catégorie des verbes qui se conjuguent comme muistaa que nous venons de voir.

On s’attend donc à avoir :

Kirjoittan

Kirjoittat

Kirjoittaa

Kirjoittamme

Kirjoittatte

Kirjoittavat

Sauf que non. Dans ce cas il vous savoir que les deux –tt ne sont pas réglementaires et vont devoir subit un affaiblissement consonantique pour devenir –t … mais pas à toutes les personnes. La vraie conjugaison de kirjoittaa est la suivante :

Kirjoitan

Kirjoitat

Kirjoittaa

Kirjoitamme

Kirjoitatte

Kirjoittavat

L’affaiblissement consonantique n’affecte jamais les 3ème personnes du singulier et de pluriel.

Un autre exemple : le verbe lukea (lire) qui appartient au groupe des verbes qui se conjuguent comme laskea, admet un affaiblissement consonantique de type k → ø et donne la conjugaison suivante :

Luen

Luet

Lukee

Luemme

Luette

Lukevat

Vous savez maintenant tout ce qu’il y a à savoir sur le présent de l’indicatif en finnois. Retenez donc les terminaisons : -n / -t / -voyelle / -mme / -tte / -vat, le fait que les pronoms sont facultatifs sauf hän et he pensez à l’affaiblissement consonnantique.

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Leçon de finnois #5 : les cas grammaticaux.

Je vous l’ai déjà dit, la grammaire finnoise repose essentiellement sur un système de déclinaisons. Alors avant de rentrer dans le vif du sujet et pour bien savoir de quoi on parle, enfin de quoi JE parle – pour être exact – il serait de bon ton de définir quelques notions-clés.

En grammaire, une déclinaison correspond à la modification de l’orthographe d’un mot en fonction de son cas grammatical. En finnois les déclinaisons sont marquées par l’ajout d’un suffixe. Avant que vous ne demandiez je vais préciser que le cas grammatical correspond tout simplement à la fonction du mot dans la phrase. Je vais prendre un exemple pour illustrer mon propos.

Lorsque vous dites : « Le finlandais aime le sauna » Le finlandais est le sujet (c’est la fonction du mot dans la phrase), son cas grammatical sera donc du nominatif. Il aime quoi ? Le sauna, complément d’objet direct (=fonction), qui correspond donc à de l’accusatif en terme de cas grammatical. Le français fait peu de cas du cas. Par exemple si on intervertit les fonctions dans la phrase précédente en disant « Le sauna apaise le finlandais » Le sauna devient sujet et le finlandais le COD. Si vous êtes observateur vous remarquerez que sauna et finlandais s’écrivent exactement de la même façon qu’ils soient sujet ou complément. Ce qui m’amène à la conclusion que vous avez forcément devinée depuis la première phrase de ce billet : en finnois, c’est pas pareil. Et je vais vous expliquer à quel point.

Il existe 15 déclinaisons en finnois. Parmi ces 15, seules 4 correspondent à des cas grammaticaux à proprement parler. Il s’agit du nominatif, de l’accusatif, du génitif et du partitif. La leçon d’aujourd’hui sera donc consacrée à ces 4 cas.

  • Le nominatif

Le nominatif est au nom ce que l’infinitif est au verbe. C’est le degré zéro de la déclinaison. Comme expliqué précédemment, il s’utilise lorsque le nom est le sujet de la phrase. Quand vous apprenez les mots depuis un dictionnaire, ils sont au nominatif. A la volée : koira (chien), talo (maison), vesi (eau), tyttö (fille), kissa (chat), äiti (maman), puu (arbre), kaupunki (ville). Au pluriel il suffit d’ajouter un –t à la fin : koirat, talot, kissat, tytöt… (notez que dans ce dernier mot le double –tt est devenu un simple –t, signe d’un affaiblissement consonantique).

  • Le génitif

Le génitif marque la possession ou l’origine. En français cela correspond (en partie) au complément du nom. En finnois le génitif se marque par l’ajout du suffixe –n.  Par exemple, si je parle de l’université de Turku je vais devoir décliner « Turku » au génitif, ce qui donne Turun yliopisto (notez la disparition du « k » en raison de l’affaiblissement consonantique). Cet exemple illustre également une notion intéressante : les noms propres se déclinent. Ainsi, si je parle des chaussures de Jusi je vais dire « Jusin kengät ». Autre point important, le génitif s’applique au nom mais également aux adjectifs qui qualifient ce nom. Démonstration par l’exemple : les oreilles du chat noir = mustan kissan korvat (notez que, comme en anglais, l’adjectif est toujours placé devant le nom qu’il qualifie). Une construction logique et bien pensée qui permet de savoir immédiatement si c’est le chat ou les oreilles qui sont noirs. En effet, les oreilles noires du chat se dirait « Kissan mustat korvat« . L’adjectif musta s’accordant alors avec le sujet « korvat » en cas et en nombre, à savoir ici au nominatif pluriel, et devient « mustat« . Rien de très sorcier jusque-là me direz-vous. Certes, certes, vous répondrai-je. Sauf que non. Car comme toutes les autres déclinaisons le génitif peut se conjuguer au pluriel. Et là ça devient complètement insensé. Si on reprend l’exemple précédent en parlant cette fois-ci des oreilles DES chats noirs ça devient… Mustien kissojen korvat. Et avec cet exemple on touche du doigt ce dont je parlais dans mon article précédent à propos des mots qu’on ne reconnait plus. Kissa / kissojen… et il ne s’agit que d’un exemple simple. A l’extrême on trouve des mots comme « lämmin » qui deviennent « lämpimien » au génitif pluriel. Mais je m’écarte du propos général. Revenons donc à nos moutons et enchaînons sur :

  • L’accusatif

C’est un cas à part (ah, ah, ah…) car il ne possède pas de déclinaison propre mais emprunte tantôt le nominatif, tantôt le génitif (l’explication arrive un peu plus loin). L’accusatif, comme décrit dans mon introduction, correspond au complément d’objet direct. Le finnois pousse même la définition un peu plus loin en ajoutant que l’accusatif s’utilise lorsque l’objet est défini, entier (par opposition au partitif, comme nous le verrons plus loin). Avant d’illustrer tout ça par des exemples je vais expliquer rapidement ce que j’avais laissé de côté au début de ce paragraphe : la dualité génitif/nominatif. Lorsqu’un nom est à l’accusatif il prend la déclinaison du génitif si et seulement si le mot est au singulier et la phrase à l’indicatif. La réciproque est donc que lorsque le mot qui est à l’accusatif est un pluriel ou bien lorsque ce mot est dans une phrase au mode impératif ou passif, il prend la terminaison du nominatif. Je tenais à vous donner cette explication par souci d’exhaustivité et d’exactitude mais en toute franchise, vous pouvez faire comme si vous ne l’aviez jamais lue. Venons-en donc aux exemples qui, je l’espère clarifieront un peu les choses. Prenons un cas d’école : Minä söin kakun (J’ai mangé un gâteau). Ici l’objet est le gâteau (kakku au nominatif) qui devient alors kakun. Le fait que kakku soit à l’accusatif indique que j’ai mangé tout le gâteau (et que c’est sans doute pour ça que je commence à prendre du poids). Si j’avais dit Minä söin kakkua cela se traduirait par J’ai mangé du gâteau. Dans cet exemple kakkua correspond au partitif que nous verrons un peu plus loin. Augmentons un peu la complexité. Minä näin Marican koiran. Décortiquons ensemble. Minä näin signifie « j’ai vu ». Marican est le génitif de Marica qui est un nom propre (en plus d’être ma collègue de bureau), koiran est l’accusatif (avec la terminaison du génitif) de koira (chien). La phrase signifie donc : « J’ai vu le chien de Marica ». Finissons par un petit extra pour les plus hardis d’entre vous. Si je veux dire j’ai vu les chiens de Marica : Minä näin Marican koirat  / koirien ? Si vous avez lu attentivement ce que je vous ai conseillé d’ignorer vous aurez deviné qu’il faut utiliser la terminaison du nominatif pluriel et non du génitif pluriel (ce qui entre nous facilite énormément les choses car je considère le génitif pluriel comme la onzième plaie d’Egypte du finnois). La bonne réponse est donc Minä näin Marican koirat.

  • Le partitif

Le partitif est omniprésent en finnois. C’est le deuxième cas le plus usité de la langue (derrière le nominatif je suppose). Il se construit par l’ajout de la terminaison –a/ä ou –ta/tä selon l’orthographe du mot. Comme son nom l’indique il s’utilise pour désigner une partie d’un tout. Cette notion (encore assez facile à comprendre) se traduit très bien en français par les articles du et de la. Par exemple lorsque je dis « je bois de l’eau » on ne parle pas d’une eau en particulier ni de toute l’eau mais bien d’une partie de l’eau. En finnois cela donne Juon vetta (vetta étant le partitif de vesi… qui est un peu irrégulier à sa façon). « Je bois du vin » : Juon viiniä (viini au nominatif). Le partitif s’emploie également comme pluriel numéral. En effet, contrairement à environ toutes les civilisations sensées de ce monde, le finlandais distingue deux pluriels. Le pluriel quelconque (des maisons, des chiens…) et le pluriel numéral (trois maisons, soixante-douze chiens…). Le pluriel numéral se marque par le partitif singulier (oui moi aussi j’ai arrêté d’essayer de comprendre). Trois maisons = kolme taloa, soixante-douze chiens = seitsemänkymmentäkaksi koiraa. De façon assez amusante et contre-intuitive zéro se conjugue aussi au partitif. Voilà pour les emplois faciles du partitif. Mais ils ne représentent que la surface émergée de l’iceberg et  il existe tout un monde de tournures de phrase et de verbes qui exigent le partitif. Malheureusement ces voies me sont pour le moment impénétrables car elles échappent totalement à ma logique et à ma façon de concevoir des règles de grammaire. Je peux vous en donner quelques exemples pris au hasard : Onko sinulla autoa? (Est-ce que tu as une voiture ?) Pourquoi  est-ce autoa et non auton puisqu’il s’agit d’un objet fini ? Teen kakkua (je fais un gâteau), instinctivement j’aurais utilisé l’accusatif (kakun) car c’est un complément d’objet direct et que l’objet est défini. Luen kirjoja (je lis des livres). Les livres sont pourtant des objets entiers, finis… mais non, ici on met du partitif pluriel et non de l’accusatif pluriel. L’explication résiderait dans le fait qu’il s’agit d’une action générale, vague (« que fais-tu pour t’occuper ? » Je lis des livres). On pourrait aussi dire que l’action de lire n’est pas une action finie. En revanche si on disait « hier j’ai terminé mon livre », il est probable que « livre » soit alors à l’accusatif.

En cherchant on finit toujours par trouver un semblant de logique mais le problème c’est que rien de tout ça n’est instinctif pour nous pauvres français car le langage formate notre esprit et notre façon de penser. Et c’est sans doute en cela que réside la plus grande difficulté de l’apprentissage du finnois. Ce n’est pas dans l’orthographe parfois infernale de ses 15 déclinaisons, ni dans son système d’affaiblissement consonantique. Non, la vraie difficulté, selon moi, se trouve au cœur même de sa syntaxe. Pour exprimer certaines notions il utilise des constructions qui nous sont totalement étrangères, bouleversant ainsi nos repères linguistiques. L’anglais est assez facile à apprendre pour un français ou un allemand car la syntaxe est relativement conservée ce qui nous permet, au moins au début, de progresser en essayant de faire des traductions mot à mot. Ces traductions, bien que souvent imprécises et maladroites, restent possibles et largement compréhensibles par les autochtones. En finnois elles sont quasiment impossibles. Saviez-vous par exemple qu’il n’existe pas de verbe « avoir » en finnois ? Qu’il n’existe pas non plus de temps futur ? Que pour marquer la négation ils utilisent une sorte d’auxiliaire qui se conjugue ? Tout ceci vous sera expliqué dans une future leçon. Mais avant cela, la prochaine sera consacrée aux 11 autres déclinaisons.

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