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Leçon de finnois #4 : Le finnois pourquoi c’est dur ?

On vous le dit et on vous le répète souvent : le finnois est une langue difficile. C’est un fait bien connu, à tel point que c’en est devenu une métaphore pour parler de choses incompréhensibles. Par exemple lorsque votre boucher- charcutier vous déclare entre le boudin et le jambon : « Oh vous savez ma bonne dame, la physique quantique pour moi c’est du finnois ».

Mais qu’est ce qui fait que cette langue nous semble totalement absconse ? Et bien mes chers lecteurs je vous propose de le découvrir dans cette leçon #4 du finnois pour les noobs.

  • Raison #1 : ça ne ressemble à rien.

Notez que c’est une affirmation très subjective qui dépend entièrement de la nationalité du lecteur (un hongrois ou un estonien serait en droit de contester). Il suffit d’ouvrir un journal ou de surfer sur un site finlandais pour s’en rendre compte. On reconnait les lettres mais pas les mots. C’est encore plus frustrant que de lire du russe parce qu’au moins avec le russe on sait pourquoi on ne comprend pas. La raison à cela vient bien évidemment de l’absence de racine commune avec les langues latines ou saxonnes. Pour améliorer votre culture générale sachez que le finnois appartient à la branche fennique des langues ouraliennes (source : wikipédia). Là où cette information devient intéressante dans mon argumentation c’est que les linguistes ne savent pas encore comment cette langue se rattache aux autres langues européennes. Il existerait plusieurs théories mais aucune ne ferait consensus dans les hautes sphères de la linguistique. Tout ça pour dire que même les experts sont infoutus de savoir s’il existe une racine commune entre le finnois est les autres langues. Les faits me semblent suffisamment accablants pour ne pas avoir à commenter outre mesure.

  • Raison #2 : des sonorités inhabituelles.

La croyance populaire qui consiste à penser que tous les habitants des pays nordiques s’expriment comme Odile Deray imitant du danois-ah-bah-non-j’suis-sotte-c’est-du-suédois dans « La Cité de la Peur » est fausse. En réalité elle serait assez vraie si on excluait le finnois. En effet, le norvégien, le suédois et le danois sont très proches sur le plan grammatical et phonétique. Pas le finnois. C’est assez dur à décrire mais si je devais essayer je dirais qu’à l’oreille c’est un hybride de grec, de portugais et de japonais. Maintenant vous faites ce que vous voulez de cette information, moi je continue ma leçon. En finnois on roule les R comme en espagnol, il n’y a pas de R guttural comme en français ou en allemand, il n’y a pas non plus la « jota » espagnole et surtout, surtout, on prononce les doubles voyelles et les doubles consonnes. Le tout produit donc un ensemble de sons difficiles à identifier et encore plus difficiles à reproduire. Cela étant dit je me dois d’ajouter une dernière chose sur le sujet et que j’aime appeler « le paradoxe du finnois ». Malgré tous ses sons étranges et ses mots sortis de nulle part le finnois possède une particularité dont peu de langues peuvent se vanter (et certainement pas le français) : il se prononce exactement comme il s’écrit et inversement. Ce qui le rend incroyablement facile à lire et à écrire à partir du moment où vous savez reconnaître les sons associés à chaque lettre. C’est un point important à souligner ce sera la seule fois où je dirai que le finnois est facile.

  • Raison #3 : les déclinaisons.

Je ne vais pas m’étendre sur le sujet ici car je compte consacrer une leçon entière aux déclinaisons (il faut au moins ça). Je me contenterai de dire ici qu’elles sont au nombre de 15 et qu’à peu près tous les mots se déclinent (noms, pronoms, adjectifs). Tout ce que vous avez besoin de savoir pour le moment ce que les déclinaisons sont marquées par l’ajout d’un suffixe différent selon le cas grammatical du mot. (ex : Talo (la maison)/ talossa (dans la maison)/ talon (de la maison)/ taloon (à la maison)…etc)

  • Raison #4 : l’affaiblissement consonantique.

Was ist das ? C’est un phénomène linguistique vicieux qui consiste à modifier l’orthographe de la racine de certains mots dans certaines circonstances. Et oui, c’est tout aussi obscur dans mon esprit que ça l’est sur votre écran. C’est à cause de ce mécanisme que le pluriel de käsi n’est pas sit mais det, que Turku perd son k aux génitif, innessif et élatif (Turun, Turussa, Turusta) ; que le double k de kukka (fleur) devient un simple k au pluriel : kukat ; que « chaussures » ne se dit pas kenkät mais kengät.

Aussi incroyable que cela puisse paraître les exemples que je vous ai cités répondent à des règles de phonétiques qui font que, selon la nature et la position des consonnes, certaines vont s’affaiblir. Si l’histoire s’arrêtait là on pourrait encore admettre qu’il ne faille pas un doctorat en linguistique pour aller acheter son pain… si seulement…

Combiner l’affaiblissement consonantique  avec les déclinaisons ça revient à passer un mot dans un blender en mode « gaspacho » et voir ce qu’il en ressort. Quelques exemples en vrac :

Lapsi (un enfant)….. lasten (génitif pluriel)

Olut (bière)…… oluiden (génitif pluriel)

Contre-exemple :

Koira (chien)…. koirien (génitif pluriel) [oui, ce n’est pas forcément évident au premier coup d’oeil mais ceci est une déclinaison parfaitement régulière. Et oui les crochets sont là uniquement pour une raison de cohésion esthétique parce qu’une parenthèse juste après une parenthèse c’est très moche.]

  • Raison #5 : Lesmotsàrallongequinenfinissentpas

Une idée reçue à propos du finnois consiste à penser qu’il n’existe aucun mot de moins de 12 lettres dans leur dictionnaire et qu’il est même courant d’employer des mots de plus de 30 lettres dans son vocabulaire quotidien. La première est fausse car comme dans beaucoup de langues il existe de nombreux mots de deux lettres, en revanche la deuxième affirmation est vraie. En effet le finnois est une langue très vivante et très libre dans sa construction. Vous pouvez (oui, enfin pas vous qui lisez, hein) facilement créer de nouveaux mots en accolant plusieurs mots bout à bout. Quelques exemples très simples :

Weekend se dit Viikonloppu. (viikko = semaine, loppu = fin. Le « n » marque le génitif = la fin DE semaine).

Dentifrice se dit hammastahna, soit « pâte à dent » comme nos amis (hum ,hum) bouffeurs de jelly.

Kilowatt-heure mètre triphasé se dit kolmivaihekilowattituntimittari (31 lettres).

L’autre raison à l’existence de mot de 12,000 lettres dans le langage quotidien est que les finlandais font tout ce qu’ils peuvent pour décourager les étrangers dans l’apprentissage de leur langue le finnois est une langue agglutinante. Hmm ? Oui mon petit Jean-Rémy, tu as une question ? Qu’est-ce-qu’une langue agglutinante ? En voilà une bonne question. Comme son nom le laisse supposer, il s’agit d’une langue dans laquelle tu peux construire des mots en agglutinants plusieurs morceaux les uns aux autres de façon un peu anarchique. Selon cette définition, Picasso – par exemple –  faisait de la peinture agglutinante. Je vais à nouveaux illustrer ce dogme obscur par un exemple savamment choisi, parce que j’aime les exemples, ils me permettent de me la péter en faisant croire que j’ai pris LV2 finnois au bac.

Prenons un mot simple : « verre ». Pas le matériau, le contenant. Un verre se dit lasi. Admettons que je veuille parler de ce qu’il y a dans le verre. Je dois alors dire lasissa. Maintenant disons que ce n’est pas n’importe quel verre mais que c’est le tien. Je dois alors rajouter la marque du possessif qui, en finnois, se construit par l’ajout d’un … ? Suffixe. Bravo, je vois que tu commences à comprendre le caractère agglutinant. Donc, « dans ton verre » se dit lasissasi (vous aussi vous avez l’impression de donner un ordre à un colley ?).

– Mikä on lasisi ? (quel est ton verre ?)

– Mitä on lasissa ? (qu’y a-t-il dans le verre ?) [3 mots côté finnois / 8 mots, 1 apostrophe et 2 tirets pour le français… I’m just saying.]

– Mitä on lasissasi ? (qu’y a-t-il dans ton verre ?)

Le fin mot de cette leçon c’est que lorsque vous voyez écrit sängyssäsi pour la première fois vous êtes à des kilomètres de vous douter que :

a) ce mot véhicule à lui tout seul 3 informations et que

b) en admettant que vous soyez titulaire d’un Master en grammaire finnoise (nan, c’est une blague ça n’existe pas) et que vous ayez donc réussi à déduire que –ssäsi est un double suffixe qui regroupe l’inessif suivi du possessif deuxième personne du singulier…  vous vous dites « hourra, j’ai craqué le code! Le substantif qui se cache derrière cette mascarade ne peut être que sängy ! » Eh bien non mon bon ami, vous venez de vous faire avoir par l’affaiblissement consonantique comme un bleu. Le mot était sänky. Try again.

Donc comme vous n’avez pas de Master en grammaire finnoise (puisque de toute façon ça n’existe pas) vous êtes, comme je le disais, à des kilomètres de toutes ces déductions et le sens du mot sängyssäsi vous semble aussi impénétrable que la théorie de quarks (ou les voies du Seigneur, choisissez votre camp). Alors vous prenez  naïvement votre dictionnaire… et bien sûr vous ne trouvez pas d’entrée à sängyssäsi. Agacé par l’incompétence du papier qui confine à l’obsolescence, vous vous dites, zut, après tout on est en 2013, je vais utiliser le world wide web. Vous tapez votre mot dans GoogleTranslate en faisant gaffe de bien placer tous les trémas… et paf ! GoogleTranslate vous donne la réponse : sängyssäsi. Hein ? Quoi ? Et oui, Google est comme vous, il n’aime pas les langues agglutinantes. Du coup vous retournez vous coucher sängyssäsi.

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Leçon de finnois #3 : nombres et jours de la semaine

Bienvenus mes chers élèves pour cette troisième leçon de notre indispensable guide du petit bilingue français/findus.

Ce cours sera consacré aux nombres et aux jours de la semaine. Pourquoi ce choix ? Je vous répondrai simplement par deux exemples de la vie quotidienne :

1) Vous vous trouvez devant un magasin, hélas fermé. Sur la porte d’entrée vous pouvez lire

« Avoinna : Ti-Pe 9:00 – 17:00 / La 9:00 – 18:00 / Su 10:00 – 13:00 » Quel jour et à quelle heure vous faut-il revenir ? (petit indice : « avoinna » signifie ouvert)

2) Vous vous rendez dans un bar avec des amis. Vous vous asseyez à une table et pas de chance, c’est à vous que revient la tâche d’aller commander à boire pour tout le monde. Comme vous avez lu mes leçons de finnois vous pouvez vous rendre au comptoir le regard fier, le torse bombé, et déclamer solennellement à la barmaid : « Neljä olutta. Kiitos ». Puis revenir conquérant à votre tablée avec vos 4 bières dans les mains sous les applaudissements de vos amis bluffés par cette élan de bilinguisme déridé.

Vous l’aurez compris, la leçon d’aujourd’hui est vitale pour survivre dans cet environnement urbain si impitoyable… et aussi pour se la péter un peu en épelant son numéro de sécurité social en finnois à la dame au guichet.

1) Les nombres

0 à 10

  • 0 = nolla
  • 1 = yksi
  • 2 = kaksi
  • 3 = kolme
  • 4 = neljä
  • 5 = viisi
  • 6 = kuusi (attention à bien marquer le double « u » car « kusi » signie pisse)
  • 7 = seitsemän
  • 8 = kahdeksan (parfois abrégé « kasi »)
  • 9 = yhdeksän (parfois abrégé « ysi »)
  • 10 = kymmenen (pour nous, les hommes)

– 11 à 19

Très simple. Il suffit d’ajouter le suffixe -toista à la fin du mot.

  • 11 = yksitoista
  • 12 = kaksitoista
  • […]
  • 19 = yhdeksäntoista

– Les multiples de 10

C’est encore une simple histoire de suffixe.

Vous n’avez qu’à ajouter -kymmentä à la fin et le tour est joué.

  • 20 = kaksikymmentä
  • 30 = kolmekymmentä
  • […]
  • 90 = yhdeksänkymmentä

Pas d’irrégularité, pas de piège.

– Les multiples de 100

  • 100 = sata
  • 200 = kaksisataa
  • […]
  • 900 = yhdeksänsataa

Notez bien la terminaison en -aa lorsqu’il est multiplié. A part ça il n’y aucune particularité.

– La combinaison de tout ça :

Rien de plus trivial ! Vous mettez tous les morceaux bout à bout, sans rien changer et ça donne par exemple :

862 = Kahdeksansataakuusikymmentäkaksi

Le finnois ne s’embête avec des choses aussi futiles que des tirets ou des espaces entre les centaines, dizaines et unités. C’est vrai que ça rendrait le mot un peu trop lisible…

Allez on s’en refait un autre pour le plaisir :

791 = Seitsemänsataayhdeksänkymmentäyksi

2) Les jours de la semaine

  • Lundi = Maanantai
  • Mardi = Tiistai
  • Mercredi = Keskiviikko (keski = milieu, viikko = semaine)
  • Jeudi = Torstai
  • Vendredi = Perjantai
  • Samedi = Lauantai
  • Dimanche = Sunnuntai

Pas très difficile à retenir et très pratique dans la vie courante.

Je vous laisse digérer tout ça en attendant la prochaine leçon qui sera consacrée à un thème très intéressant mais qui reste encore à déterminer.

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Leçon de finnois#2 : Bonjour, merci, au revoir

Deuxième leçon de l’indispensable guide « maîtriser le finnois en moins de dix ans » avec pour thème du jour: les salutations.

Maintenant que vous maîtrisez la prononciation nous allons pouvoir attaquer les bases de la communication orale quotidienne. Quoi de plus simple et de plus naturel que de dire bonjour ? Alors plutôt que de trahir vos origines étrangères en souriant bêtement lorsque le barman vous dit « päivää », plutôt que de passer pour un rebelle de l’intégration en répondant « hello » à tous les « moi moi ! » que l’autochtone fraternel vous lance, prenez cinq minutes, vous futurs voyageurs, et apprenez quelques petits trucs qui vous feront passer du statut de touriste bête et méchant à celui de globetrotter de classe internationale.

1) Les académiques : Hyvää huomenta / Hyvää päivää

  • Registre : langage soutenu.
  • Variantes : la variante la plus répandue de ces expressions est un simple raccourcissement. On dira alors « Huomenta ! » ou «  Päivää ! ». A noter que l’expression raccourcie devient alors un peu plus informelle mais reste tout de même l’apanage d’un langage châtié.
  • Quand ? : hyvää huomenta le matin, hyvää päivää à toute heure du jour.
  • A qui ? : A Sauli Niniistö ou Jyrki Katainen. Plus sérieusement les finlandais utilisent très peu la forme classique « Hyvää huomenta / päivää » sauf à vouloir paraître obséquieux ou bien dans les cas où on s’adresse à une personne importante. Venant de la part d’un étranger cela pourrait sans doute passer pour un profond respect de la langue et ainsi faire naître une forme de sympathie chez votre interlocuteur qui sera à la fois attendri et amusé par votre volonté de « bien faire ».
  • Subtilités : Les formes courtes « huomenta » et « päivää » sont, comme je vous le disais, légèrement moins ampoulées mais  parfaitement adaptées à certaines situations. Huomenta, par exemple, s’utilise lorsque vous saluez un ou plusieurs collègues que vous croisez pour la première fois de la journée. Päivää est plutôt d’usage chez les anciens et je prends le risque de m’avancer en postulant qu’il tombe en désuétude auprès les populations jeunes.

2) Le passe-partout : Hei !

  • Registre : langage courant.
  • Variantes : Hei-hei ! Cette variante possède là encore une connotation un peu plus familière et amicale que le simple « hei ! ». A noter au passage que « Hei-hei ! » s’utilise aussi pour dire au revoir. «Heippa» est également une variante assez courante qui est, selon mon appréciation, légèrement plus familier que le simple hei.
  • Quand ? : à toute heure.
  • A qui ? : A peu près toutes les personnes avec qui vous avez autant d’intimité que François Hollande a de charisme.
  • Subtilités : « Hei ! » correspond à notre bonjour. Les finlandais l’emploient principalement pour saluer une personne inconnue. Il est classiquement utilisé pour saluer un client dans un magasin (pour répondre au vendeur aussi), un voisin que vous rencontrez pour la première fois ou que vous croisez rarement, etc… Le côté pratique de « Hei ! » c’est qu’il est facile et rapide à prononcer  et qu’il convient à bon nombre de situations. Le mauvais côté de cette expression c’est sa connotation très impersonnelle et froide. Si « huomenta » et « päivää » peuvent paraître un peu trop sophistiqués pour un salut conventionnel ils témoignent d’une bonne volonté et d’un certain respect. « Hei ! » en revanche est très neutre, trop neutre, et sera à éviter à partir du moment où vous commencerez à connaître la personne que vous voulez saluer.

3) Le chaleureux : Terve !

  • Registre : langage courant.
  • Variantes : aucune à ma connaissance si ce n’est qu’il dérive de « tervetuloa » qui signifie bienvenu.
  • Quand ? : à toute heure.
  • A qui ? : aux personnes que vous connaissez, ne serait-ce qu’un peu, et que vous appréciez.
  • Subtilités : en finnois « terve » signifie « santé ». Lorsqu’il est utilisé pour dire bonjour il véhicule donc un message amical qui signifie en quelque sorte « soyez en bonne santé ». C’est une salutation assez chaleureuse mais pas familière pour autant. A titre d’exemple mon patron me salue presque systématiquement d’un « terve ! » que je lui retourne.

4) L’informel : Moi !

  • Registre : langage courant/familier.
  • Variantes : « Moi moi ! » plus amical et qui s’utilise aussi pour dire au revoir ou encore  « Moikka » qui est très employé par les jeunes à la fois pour dire bonjour et au revoir.
  • Quand ? : à toute heure.
  • A qui ? : aux gens que vous connaissez… mais pas seulement. Par principe de précaution je dirais qu’on peut répondre « moi » aux gens qui vous saluent d’un « moi ».
  • Subtilités : notre première intuition fut de penser que « moi » correspondait exactement au « salut » français. Nous pouvons dire maintenant que ce n’est pas tout à fait le cas. En effet il n’est pas rare de se faire accueillir par un « moi !» à la caisse du supermarché, bien qu’on ne connaisse la caissière ni d’Eve ni d’Adam.  Il semble s’agir là d’une caractéristique générationnelle car ce sont surtout les jeunes qui l’emploient.

Pendant qu’on  est dans les formules utiles de la vie quotidienne je vous livre l’indispensable « merci » sans lequel notre civilisation ne serait pas ce qu’elle est. Ici ça se dit « kiitos » ou « kiitoksia ». A noter que ce dernier correspond à une forme un peu plus soutenue.

Ce qu’il faut retenir :

– Les finlandais sont timides et préfèrent éviter de dire bonjour s’ils le peuvent. Ne les forcez pas.

– Contrairement aux français, les finlandais sont peu protocolaires quant aux salutations. Ne soyez pas surpris si un inconnu vous dit « Moi ! ».

– Kiitos, Hei hei = Merci, au revoir . Indispensable pour se faire bien voir des commerçants.

Maintenant vous pouvez faire vos premiers pas en Finlande sans passer pour le dernier des illettrés. La prochaine leçon sera consacrée aux nombres.

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Leçon de finnois #1 : Alphabet et prononciation

J’ouvre le chapitre « linguistique » de notre blog avec une première leçon consacrée à la prononciation du finnois. Un article qui est autant un pense-bête pour nous qu’un petit guide pour vous, futurs touristes.

D’aucun disent que le finnois est une langue difficile. Certes, dans sa grammaire, sa syntaxe et ses multiples déclinaisons (auxquelles nous consacrerons un article dès que nous connaîtrons les quinze). Mais s’il y a bien un domaine dans lequel le finnois est relativement simple c’est sa prononciation.

Cette langue obéit à la règle suivante : le finnois se prononce exactement comme il s’écrit et s’écrit exactement comme il se prononce. Il n’y a donc aucune lettre muette contrairement au français ou à l’anglais et toutes les lettres se prononcent invariablement de la même façon d’un mot à l’autre. Avec un peu de pratique vous pourrez donc prononcer n’importe quel mot comme un vrai petit finlandais.

  • Entrons à présent dans le vif du sujet, et commençons par le plus simple : les consonnes.

– B se prononce comme en français

– C est absent de l’alphabet et n’existe que dans les mot d’emprunt (comme « cajun » ou « CD »).

– D se prononce comme en français

– F n’est utilisé que dans les mots dérivés de langues étrangères comme « fysiikka » (=physique)

– G est rare mais se prononce comme dans « gladiateur » ou « guet-apens »

– H est toujours aspiré comme le H anglais dans « Happy », « Hello ». Là où ça devient délicat c’est quand il est placé au milieu d’un mot car s’il est assez aisé de prononcer « Hyvää » c’est une toute autre histoire quand il s’agit  d’aspirer le H de « Kahvi » (café)  ou de « Vihreä » (vert). Cela donne un son qui ressemble un peu à un « R » mais très léger. Ainsi, « Kahvi » se prononce un peu « Karvi »… c’est assez subtil, il faut l’entendre pour le comprendre.

– J se prononce comme le Y de « yaourt ». Exemple parfait s’il en est, puisque yaourt se dit jogurtti (prononcez [yogourtti]).

– K est certainement la lettre préférée des finlandais et se prononce exactement comme en français.

– L, M, N, P : comme en français… enfin, à peu près. Le P est un peu plus marqué et le N est moins nasal (paraît-il).

– Q est absent de l’alphabet

– R est roulé comme en espagnol

– S se prononce comme dans « salsepareille », et non pas comme dans « oseille »

– V se prononce à mi-chemin entre le V français et le V espagnol. Ce n’est pas tout à fait un B mais il est beaucoup plus doux que le V français.

– W, X et Z sont absents de l’alphabet finlandais classique et ne se retrouvent que dans les mots d’emprunt. Le X et le Z peuvent toutefois être substitués par « ks » et « ts » respectivement, comme dans « pitsa » par exemple (comprenez « pizza »).

Mis à part le R roulé et le J il n’y a aucune bizarrerie pour nos oreilles de français. Mais ce serait trop simple si on devait en rester là. Ayant déjà ôté 6 consonnes de leur répertoire il fallait bien qu’ils trouvent un moyen de compenser cette tendance à la simplification. C’est chose faite avec le doublement des consonnes… dont ils raffolent. Et si vous vous souvenez de la première règle que je vous ai énoncée, toutes les lettres doivent être prononcées, même (et surtout) les lettres doublées. Ainsi un finlandais à tout intérêt à bien marquer la différence entre « kylä » (village) et « kyllä » (oui). Concrètement il faut allonger le son L, ce qui est encore relativement facile. Personnellement je trouve le double K et le double P assez balèzes.

  • Passons maintenant au plat de résistance : les voyelles.

La grammaire finlandaise distingue trois catégories de voyelles.

Les back vowels : A, O et U.
A et O sont assez proches de  et Ô comme dans « tâche » et « côte ».
Le U se prononce « ou », exactement comme en espagnol.

Les middle vowels ou neutral vowels : I et E
Les plus simples. Le I est un I normal et le E se prononce presque comme le é français mais en tirant un peu sur le è.

– Les front vowels : Ä, Ö et Y.
Là c’est une autre paire de manches… même avec de l’entrainement il nous faut beaucoup de concentration pour réussir à produire un son finlandais authentique.
Le Y est très simple puisqu’il correspond au U français. Le mot « Kysymys » (question) se prononce donc [Kussumusse].
Le Ö se prononce comme le EU de « beurre » ou le OEU de « œuf ». Les anglais utilisent le mot « bird » pour illustrer ce son.
Le son Ä se situe quelque part entre le è de « frère » et le A de « cat ». Ce n’est pas vraiment l’un plus que l’autre, c’est entre les deux et un peu des deux à la fois. Vous pouvez vous entrainer en essayant de prononcer le A de « cat » puis, une fois que vous tenez bien le son, modulez-le jusqu’à ce qu’il devienne un è. Environ à mi-chemin vous avez quelque chose qui ressemble au Ä finlandais.

Tout comme les consonnes les voyelles se doublent assez couramment en finnois. Exemple dans cet extrait de conversation typique : « Hyvää huomenta. Mitä kuuluu ? » (Good morning. How are you ?). Contrairement aux consonnes doublées qui servent à marquer une coupure entre deux syllabes (ex: kauppa (boutique) = [kaup-pa]), les doubles voyelles forment une même unité phonétique, plus longue que la voyelle simple.

Si je vous ai mentionné les trois différentes classes de voyelles ce n’est pas juste pour me la raconter avec de termes techniques mais parce qu’il existe une règle qui stipule qu’un même mot ne peut contenir à la fois des front vowels et des back vowels. Les middle vowels, elles, peuvent être présentes n’importe où. Vous pouvez reprendre tous les exemples que j’ai cités pour vous en persuader. C’est une règle qui a pour but de maintenir une certaine harmonie dans la prononciation des mots. A noter qu’elle ne s’applique pas aux noms composés (dont le dictionnaire finlandais regorge), de cette façon nous pouvons déduire que le mot « vanutyynyt » qui figure sur le paquet de coton est un mot composé bien que nous n’ayons aucune idée de sa signification. En effet « Vanu- » ne comporte que de back vowels tandis que « -tyynyt » ne contient que des front vowels. On constate également ce phénomène dans certains noms de rue, exemple « Löytänänkatu », la première partie du mot « Löytänän » ne comporte que des front vowels alors que le mot « katu », qui signifie « rue » s’écrit avec des back vowels. Cette règle s’étend aussi aux déclinaisons, et je finirai sur un exemple simple : le suffixe -sta se rajoute pour signifier « issue de » ou « hors de » (et surement plein d’autres nuances) ainsi « hors de la maison » se dit talosta (talo + sta) tandis que « hors du lit » se dit sängystä (sänky+stä. Je remarque que cet exemple n’est pas aussi simple que je l’avais annoncé puisque vous avez dû constaté la mutation consonantique du nk qui devient ng).

En résumé il faut :
– Retenir la règle de l’harmonie des voyelles
– Bien marquer les doubles lettres
– S’entraîner à prononcer Ä et Ö

Et si vous avez bien tout retenu vous devriez savoir prononcer Löytänänkatu la prochaine fois qu’on se verra.

La prochaine leçon sera consacrée aux différentes façons de dire bonjour.

Hei hei !

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