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Le Finnois en Pratique #1

Je démarre ici une nouvelle rubrique linguistique qui sera consacrée à l’étude de cas pratiques. Le concept sera d’y analyser des phrases issues du quotidien dans le but de mettre en applications les règles précédemment étudiées, mais aussi et surtout d’apprendre des petites choses intéressantes qui ne nécessitent pas forcément une leçon à part entière. Décortiquer le finnois est un exercice que je réalise quotidiennement et que je trouve assez ludique (quoique difficile). Cela permet d’aborder l’apprentissage de façon plus interactive que de lire des leçons et les petites choses que l’on peut en retirer (notamment le vocabulaire) se retiennent sans trop d’effort.
Mais assez préambulé, passons directement au cas du jour :

20160309_071813[1]Pour vous donner un peu de contexte (c’est importrant le contexte) sachez que ceci est une brique de lait.

On va commencer très simplement par la première partie : Maitoa Suomesta.

Maito signifie « lait ». L’ajout du -a final est la marque du partitif sungulier puisqu’il s’agit ici d’une entité indénommbrale. Ce partitif est une notion qui est très difficile à traduire ou à exprimer en français. Si je devais m’y risquer je dirais qu’en français cela se retrouverait dans l’emploi de l’article indéfini « Le ». On ne parle pas d’un lait, mais du lait (de le lait donc).

Suomesta. Le premier indice qui permet de deviner ce mot c’est la terminaison -sta  typique de l’élatif qui indique donc une provenance. C’est donc du lait de quelque part. On remarque ensuite que Suomesta est écrit avec une majuscule et on devine alors aisément qu’il s’agit de l’élatif du mot Suomi (= Finlande). En effet l’élatif se construit avec la racine génitive du mot  + le suffixe –sta (ou –stä). Le génitif de Suomi est suomen, on enlève le -n final pour obtenir la racine : Suome-. Suomesta = de Finlande.

Maitoa Suomesta = Le lait de Finlande.

Passons maintenant aux choses sérieuses avec la phrase : Koska suomalaiset lehmät ovat maailman parhaita.

La première chose à faire devant une phrase qu’on ne comprend pas d’emblée, c’est de repérer le sujet. En finnois le sujet est le plus souvent au nomminatif, ce qui le rend assez facile à identifier. Ici c’est un cas d’école puisque quiconque ayant un minimum de vocabulaire en finnois aura repéré le mot lehmät, qui signifie « vaches ».
On remarque ensuite que le substantif lehmät est précédé d’une adjectif qui, comme le nom qu’il qualifie, est au nomminatif pluriel : suomalaiset. Au nomminatif singulier le mot est suomalainen et il signifie « finlandais ». Le suffixe -lainen est utilisé en finnois pour construire des mots désignant les habitants d’un lieu. Ca marche bien sûr avec tous les pays (Ranskalainen, Algerialainen, etc…) mais plus largement avec n’importe quel lieu : kaupunkilainen (citadin/citoyen), metsäläinen (habitant de la forêt).

A ce niveau nous avons donc identifié notre sujet : suomalaiset lehmät = les vaches finlandaises. Il faut maintenant trouver le verbe. C’est une étape que je trouve souvent difficile car si je connais un bon nombre de noms et d’adjectifs je dois admettre que mon vocabulaire verbique est pauvre. Bon, ici c’est assez simple. En fait on pourrait difficilement faire plus simple puisqu’il s’agit du verbe olla (= être), à la troisième personne du pluriel au présent, ce qui donne : ovat. Alors où en sommes-nous à présent ?

Koska
…les vaches finlandaises sont… maailman parhaita.

Je vais la faire courte pour koska car je ne connaissais pas ce mot. J’ai donc tout simplement ouvert mon dictionnaire (en papier s’il vous plaît). Koska signifie « parce que ».

On a donc : Parce que les vaches finlandaises sont… maailman parhaita.

Cette fois-ci je vais commencer par vous donner la traduction puis nous verrons la construction après: maailman parhaita signifie « les meilleures du monde ». Lorsqu’on lit « … du monde » on doit tout de suite penser au génitif. Souvenez-vous l’exemple « les oreilles du chat » -> kissan korvat. Le mot au génitif  se place toujours avant le nom qu’il qualifie. Maailma signifie « monde ». Sa construction au génitif est on-ne-peut-plus régulière et donne donc maailman.
Parhaita est déjà un peu plus complexe. Il s’agit du mot paras au partitif pluriel. Paras est un adjectif qui signifie « meilleur ». Et si je dis que le cas est un peu complexe c’est parce que je suis incapable de vous expliquer pourquoi il est ici au partitif pluriel. Plus précisémemt, pourquoi il est au partitif (parce que le pluriel est en fait logique vu qu’il qualifie un nom au pluriel). Mais vous savez quoi ? L’ironie, c’est que lorsque je demande à des finlandais de m’expliquer ce cas, ils ne sont pas plus avancés que moi et la réponse que je reçois systématiquement est: « parce que c’est comme ça ».

 

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Leçon de finnois #8 : la négation

Une petite leçon pas trop dure mais néanmoins essentielle pour la suite : la négation en finnois. Comme dans beaucoup de langues (voire toutes ?) la négation est matérialisée par une particule. En français nous faisons cela assez simplement en utilisant la formule ne + verbe + pas (ou jamais, plus, toujours, encore…). Les anglais compliquent très légèrement le concept en rappelant l’auxiliaire (do, did, will, would, can, could, shall, should) pour y accoler la particule not avant le verbe à l’infinitf.

Exemple:

youshallnotpass

Les finlandais, eux, ce sont dit que quitte à faire compliqué, autant le faire jusqu’au bout… et c’est ce qu’ils firent. Et c’est ainsi qu’est né le verbe négatif. Pas une particule, pas un auxiliaire. Un goddam motherfucking verbe. Avec une conjugaison. Oui madame.

En finnois la forme négative d’un verbe se construit selon le schéma :
verbe négatif accordé + racine verbale bizarre.

La conjugaison du verbe négatif est relativement simple dans la mesure où il en existe une seule pour tous les temps et tous les modes (excepté l’impératif), et une spécifique à l’impératif (dont je parlerai en fin de leçon). Cette conjugaison « universelle » est la suivante :

Minä en
Sinä et
Hän ei
Me emme
Te ette
He eivät

Là où ça se complique c’est quand il faut trouver la racine du verbe que l’on veut négationner. Il existe alors plusieurs cas de figure selon le temps et le mode auxquels vous voulez conjuguer votre verbe. Afin de ne pas me contredire lorsque je mentionnais en introduction « une petite leçon pas trop dure », je vais mettre de côté la négation des verbes à la voix passive pour me consacrer uniquement à la voix active (et c’est déjà pas mal).

Nous aborderons donc le présent, le passé et l’impératif.

Le présent

Au présent, pour trouver la racine d’un verbe c’est (en apparence) très facile. Il suffit de le conjuguer à la première personne du singulier (minä) et de lui retirer le -n final.  Voici quelques exemples de racines verbales simples : olla -> ole ; tulla -> tule ; mennä -> mene ; puhua -> puhu. Et voici maintenant quelques exemples de racines verbales un peu wtf : tavata -> tapaa ; juosta -> juokse ; saada -> saa.

Voyons à présent quelques exemples de phrases :

Anteeksi, en puhu hyvin suomea. (Excusez-moi, je ne parle pas bien le finnois). Notez ici l’absence du pronom personnel minä (puisque ce dernier est facultatif et d’ailleurs peu usité à l’oral).

He eivät mene enää uimahalliin. (Ils ne vont plus à la piscine). La formule ei+verbe+enää signifie « ne plus ». Remarquez ici le complément à l‘illatif (uimahalliin) puisqu’il s’agit d’un déplacement vers un endroit fermé.

Emme tule takaisin huomenna. (Nous ne rentrerons pas demain). Un petit teaser ici pour mettre en lumière le fait qu’il n’existe pas de conjugaison future en finnois. Pour figurer la notion de futur ils utilisent le présent et y ajoutent un complément de temps, ici huomenna. Notez qu’il nous arrive de faire la même chose en français et qu’il est tout à fait acceptable de dire « nous ne rentrons pas demain ».

Le passé

Comme au présent, on conjugue le verbe négatif mais cette fois-ci on n’y ajoute pas la racine verbale mais le participe passé actif (au nomminatif, car, comme nous le verrons surement dans une leçon future, le participe passé se décline). Je ne vais pas détailler ici la construction du participe passé car ce serait 1) chiant 2) compliqué 3) redondant ave une future leçon (que j’essairai de rendre intéressante et facile). Voyons plutôt quelques exemples :

Minä en nukkunut hyvin viime yönä (Je n’ai pas bien dormi la nuit dernière). Nukkunut est donc le participe passé actif du verbe nukkua. La terminaison -nä (ici dans , mais que j’ai utilisée précedemment dans huomenna) correspond à un cas que je n’ai pas encore abordé : l’essif. Retenez juste qu’on l’utilise surtout (mais pas que) dans les complements circonstanciels de temps.

He eivät koskaan puhuneet minulle (Ils ne m’ont jamais parlé). Puhuneet est le participe passé actif du verbe puhua, mais cette fois-ci au pluriel (au singulier c’eût été puhunut). Après la forme « ne plus » (ei enää) je vous livre ici « ne jamais » : ei koskaan. Notez l’emploi de l’allatif dans minulle pour indiquer vers qui est adressée l’action de parler.

L’impératif

Le cas le plus simple et le plus courant est l’impératif singulier : « ne fais pas ça ! ». En finnois cela se construit très simplement en utilisant le älä + racine verbale (la même qu’au présent). Exemples :

Älä koske! (Ne touche pas !). Infinitif = Kosketa

Älä juokse (Ne cours pas !). Infinitif = Juosta

En revanche au pluriel la construction est un peu plus gratinée (allez savoir pourquoi). Le verbe négatif devient älkää et on utilise la racine infinitive du verbe, c’est à dire son infinitif moins la ou les deux dernières lettres (selon le type du verbe mais je ne rentre pas dans les détails), à laquelle on accole la terminaison -kö/ko. Comme tout ça est un peu dense je vous propose une mise en application :

Älkää syökö sitä! (Ne mangez pas ça). Ici le verbe est syödä (à l’inifnitif). Pour obtenir sa racine infinitive on enlève les deux dernières lettres et on obtient syö- auquel on ajoute la terminaison -kö. Notez ici que le complément d’objet direct est au partitif (sitä, partitif singulier de se). En finnois l’objet direct dans une phrase négative est presque systématiquement au partitif (ex: Minä en näe sinua : je ne te vois pas).

Si on reprend nos exemples précédents et qu’on les met au pluriel, nous obtenons:

Älkää koskeko! (Ne touchez pas).

Älkää juosko! (Ne courez pas).

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Leçon de finnois #7 : les cas locatifs

Bonjour à tous les curieux, à tous les aventuriers de la grammaire finnoise et à tous ceux qui sont là par hasard. Dans une leçon précédente je vous avais parlé brièvement des 4 cas grammaticaux du finnois et dans cette même leçon je vous avais également dit que le finnois comptait 15 cas. Nous allons aujourd’hui faire un pas de plus vers ce chiffre quinze puisque je vais vous présenter 6 nouveaux cas appelés les cas locatifs.

Très simplement, les cas locatifs sont des déclinaisons qui permettent d’apporter une information de localisation spatiale. En francais ou en anglais nous utilisons des prépositions pour donner cette information. Par exemple lorsque je dis : « Je vais au marché »/ « I am going to the market ». En finnois, ces notions de « dans », « sur », « vers », etc… sont exprimées par les cas locatifs. Ils sont au nombre de 6 et pour faciliter leur compréhension on peut les regrouper en deux catégories comme nous le verrons un peu plus loin.

Bon, ça fait déjà 10 lignes que je déblatère et vous n’avez toujours pas vu l’ombre d’une de ces déclinaisons. Si vous avez tenu jusqu’ici, bravo, votre patience va être bientôt récompensée. Les 3 cas locatifs internes se nomment respectivement : l’illatif, l’inessif et l’élatif ; les 3 cas dits externes sont : l’allatif, l’adessif et l’ablatif. Voilà, j’espère que vous êtes satisfaits. Parce que moi, à ce stade, pas trop. J’ai beau les connaître un peu je suis toujours incapable de les nommer correctement. Mais qu’à cela ne tienne, ce qui est important à retenir c’est 1) comment ils se construisent et 2) quelles notions ils véhiculent.

Je vais passer rapidement sur la construction parce qu’elle n’est pas très compliquée et que je préfère plutôt passer du temps sur leur signification.

  • Illatif : alongement de la dernière voyelle + n (ex : Talo -> Taloon, keittiö -> keittiöön, kauppa -> kauppaan) ou –h + voyelle + n (ex : Maa -> Maahan, työ -> työhön)
  • Inessif : suffixe –ssa/ssä (ex : Talossa, keittiössä, kaupassa)
  • Elatif : suffixe –sta/stä (ex : Talosta, keittiöstä, kaupasta)
  • Allatif : suffixe –lle (ex: Katu -> Kadulle, Puisto -> puistolle, pöytä -> pöydälle)
  • Adessif : suffixe –lla/llä (ex: Kadulla, puistolla, pöydällä)
  • Ablatif : suffixe –lta/ltä (ex : Kadulta, puistolta, pöydältä)

Les observateurs le plus attentifs auront pu noter que tous les cas à l’exception de l’illatif induisent un affaiblissement consonantique lorsque le mot s’y prête (ex : pp : p dans Kauppa / Kaupasta / Kaupassa alors que Kauppaan n’est pas affaibli). Pour finir avec la partie hardcore grammar j’ajouterai qu’il existe également une version plurielle de chacune de ces déclinaisons. Par exemple, si je vais dans les magasins je dirai : Minä menen kaupoihin. Je suis dans les magasins : Minä olen kaupoissa, etc… Maintenant que nous avons vu comment les écrire intéressons-nous à comment les utiliser.

Pour vous faire comprendre les choses je vais m’appuyer sur le travail effectué par Annika Harlio dans son Mémoire de Maîtrise en philologie romane, savoureusement intitulé (accroche-toi à ton slip cher lecteur) : L’usage spatial de l’illatif finnois et leurs équivalents français – Etude Contrastive de trois romans de Mika Haltari et de leurs traductions en français. Je me permets une petite digression à ce niveau-là pour établir que, premièrement, cette source est bien réelle et que, deuxièmement, l’ensemble du Mémoire (63 pages) est écrit dans un français parfait. Anna Harlio, si d’aventure vous tombez sur ce billet, je vous félicite pour ce travail brillant et vous remercie pour l’aide qu’il m’a apporté.

Une bonne façon d’appréhender ces cas c’est de les représenter dans l’espace (fig 1.).

Presentation1

Figure 1 : Les cas locatifs illustrés

On obtient alors le découpage classique qui différencie les 3 cas internes des 3 cas externes. L’illatif s’emploie pour indiquer que vous vous rendez dans un lieu fermé. Ex : Minä tulen takaisin kotiin = je rentre à la maison. L’innessif indique quelque chose qui est dans un espace fermé mais sans notion de mouvement ex : Marcus on saunassa = Marcus est dans le sauna. Attention je ne dis pas que Marcus doit rester parfaitement immobile dans le sauna, il a le droit de bouger pour mettre de l’eau sur les pierres par exemple. Quand je dis sans notion de mouvement je veux dire que Marcus, au moment où je parle, est dans le sauna ; il n’y rentre pas ; il n’en sort pas. Enfin l’élatif indique une sortie d’un lieu fermé. Joka päivä kävelen kodista yliopistoon = Tous les jours je marche de la maison à l’université (et paf, double combo élatif-illatif). Voilà pour les cas internes. Côté externe nous avons l’allatif qui indique in mouvement vers un endroit, mais pas fermé. Par exemple si je vais à la plage à vélo je dirais : pyöräilen rannalle (ranta -> rannalle, affaiblissement de type nt : nn) car la plage est un lieu ouvert, vers lequel je me déplace. En revanche lorsque je suis arrivé et qu’un ami me demande au téléphone où je suis, je lui réponds : Minä olen rannalla et non rannassa car je ne suis pas dans la plage mais sur la plage. Après une bonne baignade dans la baltique je rentre à la maison et là ma fille, voyant mes pieds tout ensablés, me demande d’où je viens (OK c’est pas Sherlock Holmes…mais elle n’a que 3 ans). Alors je lui réponds : je viens de la plage… oui parce que ma fille est française alors ça n’aurait pas de sens de lui dire tulen rannalta (encore que…).

Alors là vous vous dites que ça fait déjà un beau morceau à digérer mais que finalement grâce à un découpage logique la chose n’est pas si impénétrable qu’il y paraît. C’est donc le moment parfait pour venir briser votre béatitude mentale en vous disant que nous venons simplement de découvrir l’usage spatial des cas locatifs et qu’il sont aussi largement utilisés pour exprimer toute une foultitude de concepts qui n’ont rien à voir avec la localisation spatiale. Je vais donc essayer de vous en dresser une liste pour que vous vous fassiez une idée :

  • On utilise l’inessif pour dire qu’un objet « a » quelque chose. Par exemple si je dis : « le livre a 100 pages » : Kirjassa on sataa sivua. (comme nous le verrons dans une leçon future le finnois n’a pas de verbe avoir)
  • Lorsqu’on dit merci pour quelque chose on utilise l’élatif : « Merci pour le café » -> Kiitos kahvista
  • Avec certains verbes comme pitää ou tykätä (aimer, apprécier) on utilise nécessairement l’élatif : « J’aime le chocolat noir » -> Minä pidän tummasta suklaasta (petit rappel ici : l’adjectif qui qualifie l’objet s’accorde au même cas que ce dernier. Tumma suklaa (chocolat noir) devient donc tummasta suklaasta dans l’exemple sus-mentionné)
  • Quand quelqu’un donne une opinion, on utilise l’élatif : « A mon avis, la mer est froide » -> Minusta meri on kylmä. Dans cette phrase, minusta, qui est la forme élative du pronom personnel minä, signifie à lui tout seul « à mon avis » ou « selon moi ».
  • Pour dire « jusqu’à » dans le sens temporel, on emploie l’illatif : « Du matin jusqu’au soir » -> aamusta hön (notez au passage que pour dire « à partir de » au sens temporel on emploie l’élatif comme on peut le voir dans aamusta)
  • Pour les compléments circonstanciels de moyen on utilise l’adessif. « Je vais à la plage en voiture«  -> Menen rannalle autolla. Ou encore : « Il écrit avec un stylo«  -> Hän kirjoittaa kynällä
  • Le verbe « avoir » (qui n’existe pas en tant que tel en finnois) s’exprime par une construction basée sur l’adessif et le verbe « olla ». J’ai un chien -> Minulla on koira (je ne m’étends pas trop sur ce point car il fera l’objet d’une une future leçon)
  • Pour dire que quelque chose se passe à telle heure, on peut utiliser l’ablatif. Pour dire « le cours commence à 10 heures » on peut dire kurssi alkaa kello kymmenen (qui est la forme classique) ou bien utiliser l’ablatif : kurssi alkaa kymmeneltä. A noter que la forme abaltive ne peut s’employer que pour les heures piles et les demi-heures. Pour dire onze heure moins cinq, par exemple, on doit utiliser la forme traditionnelle.
  • L’ablatif s’emploie également avec les verbes de perception comme « sentir ». Ca sent bon -> Se tuoksuu hyvältä
  • L’allatif s’emploie aussi pour adresser quelque chose à quelqu’un. Donnele à Jaana -> Anna sen Jaanalle.

Bien que cette liste ne soit pas exhaustive elle regroupe toutes les principales utilisations des cas locatifs dans le langage courant. Chacune mériterait certainement qu’on lui consacre une leçon à part entière afin d’en cerner toutes les nuances et subtilités (dans le finnois regorge) mais je n’ai pas la prétention d’avoir un niveau suffisant pour cela. Je vous laisse avec un petit lexique des mots que j’ai utilisés dans mes exemples.

Lexique:

  • Aamu : matin
  • Alkaa : commencer
  • Kirjoittaa : écrire
  • Koti : maison (dans le sens « chez soi »)
  • Kynä : stylo
  • Kylmä : froid
  • Kävellä : marcher
  • Mennä : aller
  • Meri : mer
  • Pitää : aimer, apprécier
  • Pyöräillä : pédaler, faire du vélo
  • Ranta : plage
  • Suklaa : chocolat
  • Tumma : sombre
  • Tykätä : aimer; apprécier
  • Yliopisto : université
  • Yö : nuit

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Leçon de finnois #6 : le présent de l’indicatif

Contrairement à ce que j’avais annoncé à la fin de la leçon #5, je ne parlerai pas tout de suite des 11 autres déclinaisons. D’abord parce que je n’en connais réellement qu’une moitié et ensuite parce que je n’ai pas encore d’idée pour rendre l’article plus intéressant qu’un vulgaire catalogue. En attendant de trouver l’inspiration je vous propose de voir autre chose de plus facile et, à mon sens, de bien plus essentiel : le présent de l’indicatif.

La conjugaison en finnois est assez simple si j’ose dire. Les terminaisons des verbes sont relativement logiques d’un temps à un autre et la langue n’admet aucune exception, aucun cas particulier. La seule vraie difficulté est de savoir comment modifier le radical du verbe juste avant de lui ajouter sa terminaison et cela est régi par des règles. Par 27 règles pour être précis… Ces règles ont donné naissance à des regroupements de verbes qui se comportent de façon similaire. Ainsi, tous les verbes du finnois tombent dans une de ces 27 catégories et chaque catégorie est identifiée par son verbe exemplaire. Il y a par exemple le groupe des verbes qui se conjuguent comme sanoa et qui comporte à peu près tous les verbes qui se terminent avec –voyelle+a (ou ä) (aikoa, haipua, eksyä, etc…). Ce système fait que certaines catégories (comme celle que je viens de citer) sont très densément peuplées et que certaines ne regroupent qu’une poignée de verbes un peu bizarres (qu’on serait très tenté d’appeler exceptions…).

Voyons donc deux exemples issus des 2 catégories de verbes les plus représentées dans la langue (qui a elles seules regroupent environ 80% des verbes) :

Sanoa (dire)                       muistaa (se souvenir)

Minä sanon                         muistan

Sinä sanot                           muistat

Hän/se sanoo                     muistaa

Me sanomme                     muistamme

Te sanotte                           muistatte

He/ne sanovat                   muistavat

Au passage vous pouvez découvrir les pronoms personnels de la langue. Notez que hän et he sont neutres et peuvent désigner aussi bien des hommes que des femmes.

Apprenez également qu’en finnois, comme en espagnol, les pronoms personnels sont facultatifs, sauf hän et he qui sont obligatoires à l’écrit comme à l’oral. On peut donc dire ou écrire haluan pour dire « je veux ».

Les pronoms se et ne s’utilisent pour parler des objets, pas des personnes. Se correspond exactement au it anglais et ne est sa version plurielle.

Vous remarquez que les terminaisons ne sont pas bien complexes et que les radicaux des verbes sont ici très conservés puisqu’il a suffi d’enlever le dernier –a de leur infinitif pour leur ajouter les terminaisons. Ces deux groupes de verbes correspondent en effet à la majeure partie des verbes de la langue et on pourrait très bien les appeler verbes réguliers.

Mais, mais, mais… il ne faudrait pas oublier notre ami l’affaiblissement consonantique et son inégalable talent pour compliquer tout ce qu’il touche. Car l’appartenance des verbes à telle ou telle catégorie ne les exempte pas de l’affaiblissement consonantique. Prenons un exemple simple : kirjoittaa, qui signifie écrire. Ce verbe, je vous l’annonce, appartient à la catégorie des verbes qui se conjuguent comme muistaa que nous venons de voir.

On s’attend donc à avoir :

Kirjoittan

Kirjoittat

Kirjoittaa

Kirjoittamme

Kirjoittatte

Kirjoittavat

Sauf que non. Dans ce cas il vous savoir que les deux –tt ne sont pas réglementaires et vont devoir subit un affaiblissement consonantique pour devenir –t … mais pas à toutes les personnes. La vraie conjugaison de kirjoittaa est la suivante :

Kirjoitan

Kirjoitat

Kirjoittaa

Kirjoitamme

Kirjoitatte

Kirjoittavat

L’affaiblissement consonantique n’affecte jamais les 3ème personnes du singulier et de pluriel.

Un autre exemple : le verbe lukea (lire) qui appartient au groupe des verbes qui se conjuguent comme laskea, admet un affaiblissement consonantique de type k → ø et donne la conjugaison suivante :

Luen

Luet

Lukee

Luemme

Luette

Lukevat

Vous savez maintenant tout ce qu’il y a à savoir sur le présent de l’indicatif en finnois. Retenez donc les terminaisons : -n / -t / -voyelle / -mme / -tte / -vat, le fait que les pronoms sont facultatifs sauf hän et he pensez à l’affaiblissement consonnantique.

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Leçon de finnois #4 : Le finnois pourquoi c’est dur ?

On vous le dit et on vous le répète souvent : le finnois est une langue difficile. C’est un fait bien connu, à tel point que c’en est devenu une métaphore pour parler de choses incompréhensibles. Par exemple lorsque votre boucher- charcutier vous déclare entre le boudin et le jambon : « Oh vous savez ma bonne dame, la physique quantique pour moi c’est du finnois ».

Mais qu’est ce qui fait que cette langue nous semble totalement absconse ? Et bien mes chers lecteurs je vous propose de le découvrir dans cette leçon #4 du finnois pour les noobs.

  • Raison #1 : ça ne ressemble à rien.

Notez que c’est une affirmation très subjective qui dépend entièrement de la nationalité du lecteur (un hongrois ou un estonien serait en droit de contester). Il suffit d’ouvrir un journal ou de surfer sur un site finlandais pour s’en rendre compte. On reconnait les lettres mais pas les mots. C’est encore plus frustrant que de lire du russe parce qu’au moins avec le russe on sait pourquoi on ne comprend pas. La raison à cela vient bien évidemment de l’absence de racine commune avec les langues latines ou saxonnes. Pour améliorer votre culture générale sachez que le finnois appartient à la branche fennique des langues ouraliennes (source : wikipédia). Là où cette information devient intéressante dans mon argumentation c’est que les linguistes ne savent pas encore comment cette langue se rattache aux autres langues européennes. Il existerait plusieurs théories mais aucune ne ferait consensus dans les hautes sphères de la linguistique. Tout ça pour dire que même les experts sont infoutus de savoir s’il existe une racine commune entre le finnois est les autres langues. Les faits me semblent suffisamment accablants pour ne pas avoir à commenter outre mesure.

  • Raison #2 : des sonorités inhabituelles.

La croyance populaire qui consiste à penser que tous les habitants des pays nordiques s’expriment comme Odile Deray imitant du danois-ah-bah-non-j’suis-sotte-c’est-du-suédois dans « La Cité de la Peur » est fausse. En réalité elle serait assez vraie si on excluait le finnois. En effet, le norvégien, le suédois et le danois sont très proches sur le plan grammatical et phonétique. Pas le finnois. C’est assez dur à décrire mais si je devais essayer je dirais qu’à l’oreille c’est un hybride de grec, de portugais et de japonais. Maintenant vous faites ce que vous voulez de cette information, moi je continue ma leçon. En finnois on roule les R comme en espagnol, il n’y a pas de R guttural comme en français ou en allemand, il n’y a pas non plus la « jota » espagnole et surtout, surtout, on prononce les doubles voyelles et les doubles consonnes. Le tout produit donc un ensemble de sons difficiles à identifier et encore plus difficiles à reproduire. Cela étant dit je me dois d’ajouter une dernière chose sur le sujet et que j’aime appeler « le paradoxe du finnois ». Malgré tous ses sons étranges et ses mots sortis de nulle part le finnois possède une particularité dont peu de langues peuvent se vanter (et certainement pas le français) : il se prononce exactement comme il s’écrit et inversement. Ce qui le rend incroyablement facile à lire et à écrire à partir du moment où vous savez reconnaître les sons associés à chaque lettre. C’est un point important à souligner ce sera la seule fois où je dirai que le finnois est facile.

  • Raison #3 : les déclinaisons.

Je ne vais pas m’étendre sur le sujet ici car je compte consacrer une leçon entière aux déclinaisons (il faut au moins ça). Je me contenterai de dire ici qu’elles sont au nombre de 15 et qu’à peu près tous les mots se déclinent (noms, pronoms, adjectifs). Tout ce que vous avez besoin de savoir pour le moment ce que les déclinaisons sont marquées par l’ajout d’un suffixe différent selon le cas grammatical du mot. (ex : Talo (la maison)/ talossa (dans la maison)/ talon (de la maison)/ taloon (à la maison)…etc)

  • Raison #4 : l’affaiblissement consonantique.

Was ist das ? C’est un phénomène linguistique vicieux qui consiste à modifier l’orthographe de la racine de certains mots dans certaines circonstances. Et oui, c’est tout aussi obscur dans mon esprit que ça l’est sur votre écran. C’est à cause de ce mécanisme que le pluriel de käsi n’est pas sit mais det, que Turku perd son k aux génitif, innessif et élatif (Turun, Turussa, Turusta) ; que le double k de kukka (fleur) devient un simple k au pluriel : kukat ; que « chaussures » ne se dit pas kenkät mais kengät.

Aussi incroyable que cela puisse paraître les exemples que je vous ai cités répondent à des règles de phonétiques qui font que, selon la nature et la position des consonnes, certaines vont s’affaiblir. Si l’histoire s’arrêtait là on pourrait encore admettre qu’il ne faille pas un doctorat en linguistique pour aller acheter son pain… si seulement…

Combiner l’affaiblissement consonantique  avec les déclinaisons ça revient à passer un mot dans un blender en mode « gaspacho » et voir ce qu’il en ressort. Quelques exemples en vrac :

Lapsi (un enfant)….. lasten (génitif pluriel)

Olut (bière)…… oluiden (génitif pluriel)

Contre-exemple :

Koira (chien)…. koirien (génitif pluriel) [oui, ce n’est pas forcément évident au premier coup d’oeil mais ceci est une déclinaison parfaitement régulière. Et oui les crochets sont là uniquement pour une raison de cohésion esthétique parce qu’une parenthèse juste après une parenthèse c’est très moche.]

  • Raison #5 : Lesmotsàrallongequinenfinissentpas

Une idée reçue à propos du finnois consiste à penser qu’il n’existe aucun mot de moins de 12 lettres dans leur dictionnaire et qu’il est même courant d’employer des mots de plus de 30 lettres dans son vocabulaire quotidien. La première est fausse car comme dans beaucoup de langues il existe de nombreux mots de deux lettres, en revanche la deuxième affirmation est vraie. En effet le finnois est une langue très vivante et très libre dans sa construction. Vous pouvez (oui, enfin pas vous qui lisez, hein) facilement créer de nouveaux mots en accolant plusieurs mots bout à bout. Quelques exemples très simples :

Weekend se dit Viikonloppu. (viikko = semaine, loppu = fin. Le « n » marque le génitif = la fin DE semaine).

Dentifrice se dit hammastahna, soit « pâte à dent » comme nos amis (hum ,hum) bouffeurs de jelly.

Kilowatt-heure mètre triphasé se dit kolmivaihekilowattituntimittari (31 lettres).

L’autre raison à l’existence de mot de 12,000 lettres dans le langage quotidien est que les finlandais font tout ce qu’ils peuvent pour décourager les étrangers dans l’apprentissage de leur langue le finnois est une langue agglutinante. Hmm ? Oui mon petit Jean-Rémy, tu as une question ? Qu’est-ce-qu’une langue agglutinante ? En voilà une bonne question. Comme son nom le laisse supposer, il s’agit d’une langue dans laquelle tu peux construire des mots en agglutinants plusieurs morceaux les uns aux autres de façon un peu anarchique. Selon cette définition, Picasso – par exemple –  faisait de la peinture agglutinante. Je vais à nouveaux illustrer ce dogme obscur par un exemple savamment choisi, parce que j’aime les exemples, ils me permettent de me la péter en faisant croire que j’ai pris LV2 finnois au bac.

Prenons un mot simple : « verre ». Pas le matériau, le contenant. Un verre se dit lasi. Admettons que je veuille parler de ce qu’il y a dans le verre. Je dois alors dire lasissa. Maintenant disons que ce n’est pas n’importe quel verre mais que c’est le tien. Je dois alors rajouter la marque du possessif qui, en finnois, se construit par l’ajout d’un … ? Suffixe. Bravo, je vois que tu commences à comprendre le caractère agglutinant. Donc, « dans ton verre » se dit lasissasi (vous aussi vous avez l’impression de donner un ordre à un colley ?).

– Mikä on lasisi ? (quel est ton verre ?)

– Mitä on lasissa ? (qu’y a-t-il dans le verre ?) [3 mots côté finnois / 8 mots, 1 apostrophe et 2 tirets pour le français… I’m just saying.]

– Mitä on lasissasi ? (qu’y a-t-il dans ton verre ?)

Le fin mot de cette leçon c’est que lorsque vous voyez écrit sängyssäsi pour la première fois vous êtes à des kilomètres de vous douter que :

a) ce mot véhicule à lui tout seul 3 informations et que

b) en admettant que vous soyez titulaire d’un Master en grammaire finnoise (nan, c’est une blague ça n’existe pas) et que vous ayez donc réussi à déduire que –ssäsi est un double suffixe qui regroupe l’inessif suivi du possessif deuxième personne du singulier…  vous vous dites « hourra, j’ai craqué le code! Le substantif qui se cache derrière cette mascarade ne peut être que sängy ! » Eh bien non mon bon ami, vous venez de vous faire avoir par l’affaiblissement consonantique comme un bleu. Le mot était sänky. Try again.

Donc comme vous n’avez pas de Master en grammaire finnoise (puisque de toute façon ça n’existe pas) vous êtes, comme je le disais, à des kilomètres de toutes ces déductions et le sens du mot sängyssäsi vous semble aussi impénétrable que la théorie de quarks (ou les voies du Seigneur, choisissez votre camp). Alors vous prenez  naïvement votre dictionnaire… et bien sûr vous ne trouvez pas d’entrée à sängyssäsi. Agacé par l’incompétence du papier qui confine à l’obsolescence, vous vous dites, zut, après tout on est en 2013, je vais utiliser le world wide web. Vous tapez votre mot dans GoogleTranslate en faisant gaffe de bien placer tous les trémas… et paf ! GoogleTranslate vous donne la réponse : sängyssäsi. Hein ? Quoi ? Et oui, Google est comme vous, il n’aime pas les langues agglutinantes. Du coup vous retournez vous coucher sängyssäsi.

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